à venir et déjà passé déjà passé et à venir
Nous sommes allés chercher une planche à voile. Tu avais peur que je continue trop longtemps à ne regarder plus que les roches de Cala Saona, que je les photographie sans cesse, dans un essai dément de cartographie. Car je ne pourrai jamais m'en souvenir toutes, chaque parcelle, chaque crevasse. Tout à l'heure un enfant faisait peur à un autre, lui disant qu'il avait dérangé les mérous et que ceux-ci allaient venir. Faire quoi ? L'histoire ne le disait pas. Je ne sais pas quels mérous j'ai dérangé dans ma tête, et ce qu'ils viennent faire, jusque dans l'île, jusque là préservée. 
Je me suis acheté des chaussures en me disant que tu m'avais sans doute jeté un sort de plus. Je me rappelle à peine ton visage, mais je me souviendrai de la couleur de l'eau turquoise de Cala Saona.
Nous ne sommes donc pas allés à Cala Saona aujourd'hui. La journée s'est passée en douceur, dans la ouate du repos, du repas frugal, des enfants qui piaillent et puis qui dorment. Mais l'après-midi, l'orage s'est levé et j'ai voulu aller à la plage du Levante, où le sable vole avec le vent qui souffle et qui donne le plus des impressions de tempête, sans que ce soit vraiment grave, un peu comme l'amour ou la passion. Mais le vent s'est arrêté vite, et la mer a repris le cours qu'on lui connaît, baignant son bleu, son blanc et le sable en surplus.
mardi 1er août 2000
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