| à venir et déjà passé | déjà passé et à venir |
| Et je suis rentré de Bourges. Je suis maintenant armé de deux téléphones qui sonnent alternativement et me donnent l'idée d'une torture moderne, d'un amusement strident qui me réveille la nuit. On m'envoie des mots et des messages, des papiers, on m'interpelle. Ah, au fait, et il faut que je me souvienne. Revenir de Bourges et ne pas te retrouver. J'ai envie d'être seul, de me délecter à cette idée de nouveauté monacale qui m'envoie au plus près de la folie. Cette nuit, je ne dormirai pas. J'attendrai sans impatience les heures qui tournent et m'assaillent d'idées et de projets qui s'avortent. Je n'ai plus de sentiments, je n'ai plus de sexe, je t'exténue enfin je crois dans une agitation travailleuse qui ne présage rien. Pourquoi le souvenir de ta peau me manque-t-il toujours ? | Je suis rentré
de
Bourges avec la nausée. Je ne sais pas bien ce qui la provoquait,
le train, la lecture dans le train, la conversation entrecoupée
de lectures. La plaine française se déployait, avec une certaine
apathie. Il y a, quand on va à Bourges, cet édifice témoin
des années 70, ce monorail de béton construit pour l'aérotrain,
rêve de modernité naïve qui s'étend sur plusieurs
kilomètres entre la voie ferrée et la nationale 20. Dans
un hangar, la machine infernale doit rouiller, vestige d'une science
fiction
à l'américaine. A quoi pensaient les hommes qui espéraient
un jour recouvrir le territoire et les villes de ces piliers gris,
derrière
lesquels on n'aurait pas pu s'embrasser tellement l'odeur d'urine
aurait
été forte.
Je ne suis pas plus là. |
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jeudi 20 avril
2000
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