| à venir et déjà passé | déjà passé et à venir |
| La journée a commencé
parisienne et se termine dans les montagnes. Je suis dans la pièce
du fond. Le feu de cheminée n'en finit pas de mourir. Il n'y a pas
de neige. Je sens le grand corps de la montagne
près de moi, qui pourrait presque m'oppresser si je n'y prenais
pas garde, si j'oubliais de parler aux pierres et aux arbres, de leur dire
que la douceur va revenir, que c'est le solstice, que tout cela n'est pas
grave. Je crois entendre l'église qui joue à dire qu'elle
est là aussi, que les cloches sonnent encore et qu'il pourrait faire
beau demain.
Moi, je voudrais qu'il neige. Je sais que tu ne m'appelleras pas, que le siècle va se terminer, avec cette écriture, sans que nous soyons vraiment réconciliés. Et je pense à tes yeux qui brillaient tellement ce soir là. Je pense à ta bouche que je voulais embrasser. Dans le soir, seul le chuintement des bûches qui fument pourrait ressembler à un soupir. |
La
route ne m'a pas semblé longue jusqu'aux montagnes du Jura.
Je retrouve le chalet, l'église, le village. Deux ans déjà
que je n'y étais pas venu et il ne m'en semble rien. Je fais du
feu dans la cheminée et je regarde brûler les premières
bûches en buvant un verre de porto. J'ai éteint tous les téléphones.
Tu ne me trouveras pas ici.
J'ai apporté le livre que tu m'avais offert, ce noël, il y a presque dix ans, pas tout à fait. Je ne l'avais jamais lu. On l'avait mis ensemble au fond du sac de voyage. Tu m'avais dit que je le lirais ensuite, après, pour de vrai, quand la solitude se ferait sentir vraiment. J'ai lu quelques lignes seulement. Je repense à ce paysage d'enfance que tu ne connais pas. J'ai voulu prendre une photographie de ce petit bois qui mange un peu le champ derrière la maison. La banalité de la vue vaut pour tous sauf pour moi, qui en connaît les contours. C'est comme toi, en fait. |
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mercredi 27 décembre
2000
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