| à venir et déjà passé | déjà passé et à venir |
| Dans la foule des magasins,
la veille de noël, comme
si c'était le dernier jour de quelque chose, comme s'il fallait
se dépêcher avant que quelque chose ne meure, je te remarque
soudain. Je vais te croiser alors que je descends sur un escalator, tu
montes sur un escalator. Il est curieux de constater que l'on aimerait
toujours connaître les gens qui sont sur l'escalator opposé.
Tu tournes la tête vers les miroirs. Je sais que tu m'as vu, que
tu vas jouer à m'éviter mais que tu sais aussi que je vais
te suivre et jouer à cache cache entre les portants de vêtements,
les cadeaux accumulés, le crépitement des caisses enregistreuses.
Je rentre sur la bicyclette, sans vraiment remarquer l'affairement extérieur, tout affairé moi-même par notre séparation. J'entends encore ta voix me dire le désamour et me dire encore ce désintérêt. Tu me prives de toi comme on empêche un alcoolique de boire encore. |
Je rejoins S. dans le grand
magasin. Je le vois empressé auprès d'une clientèle
qui puise dans son calme un peu de repos. Du
revers de la voix, il épuise les doutes de dames fatiguées
qui hésitent encore entre cette cravate, qui ne va pas vraiment
et cette écharpe douce, qui a trop de reflets. Je
marche entre les rayons, me laissant distraire par des regards et des silhouettes,
des fragilités qui s'appuient sur une épaule, l'arrête
d'un rayon, la rampe de l'escalator au caoutchouc poli par tant de mains.
Je te croise soudain au rayon des chapeaux. Tu portes ces gants de cuir que je t'avais offerts, des gants gris, qui font tes mains encore plus longues. Tu me regardes, avec cette absence d'étonnement qui caractérise nos rencontres inopinées. Nous échangeons quelques mots. Je pourrais sentir mes yeux s'emplir de larmes. En partant, tu me touches la joue, me dis qu'il faut que je me rase et dépose un baiser. |
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samedi 23 décembre
2000
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