à venir et déjà passé déjà passé et à venir
J'ai eu la nuit sur les paupières toute la journée et je sentais tes lèvres dans le rêve que tu m'avais donné.
J. est revenue d'Istambul et n'a rien trouvé, ou presque. Dans la maison riche d'un riche, elle a parlé de la passion de Mathieu pour les Cathares et a suscité chez son hôte davantage qu'une attention polie. Il lui a parlé des monastères proches de la frontière syrienne. On peut encore s'y cacher, disait-il, pour y observer les étoiles et prier. Ce serait là encore une permanence de vieux cultes dissimulés sous l'apparence du christianisme. J'imagine Mathieu en bure rêche les yeux dans les étoiles. Pourrait-il garder la pose si longtemps ? 
La nuit ne m'a apporté que légèreté mais celle-ci s'est estompée à mesure des coups de téléphone, des conversations sérieuses sur lesquelles, incapable de me concentrer, effaçant les propos dès qu'ils étaient prononcés, je n'ai plus rien à dire. Je suis frappé par une crise d'incompétence. Je ne sais rien, je ne peux plus rien.
Je vais dormir ennuyé et engoncé par ton amour qui ne peut me couvrir entièrement. Ce que tu donnes et que tu prends me laisse pantelant d'insatisfaction. Et que puis-je faire sinon t'attendre et écouter l'attente.
Je pense à ta bouche et à tes yeux, je pense à cette nuit. Je ne crois plus qu'à cela depuis des temps et des temps.
mardi 29 février 2000
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