à venir et déjà passé déjà passé et à venir
Tu es de retour. Beyrouth n'a pas su te garder. Tu as annoncé ta rentrée avec une carte, la tête sculptée d'un jeune homme un peu tendre, et je renonce déjà à interpréter tes signes, qui ne seront jamais lisibles. Mais tu n'étais peut-être pas à Beyrouth et c'est alors de Sainte Maxime que tu reviens, sans un sourire, et sans vraie joie. 
Tu me retrouveras inchangé, catapultant la vie, me rapprochant et m'éloignant dans une agitation choisie mais qui ne devra pas durer. 
Tu me retrouveras sans la peine qui me portait mais qui me rendait amoureux. Je ne suis pas certain de savoir encore ce qu'est l'amour. Je ne connais plus que ton amour, celui qui s'incarne dans tes gestes, dans ces bras qui s'enroulent à ton sourire, à ta grâce.
Penses-tu retourner un jour à Hama ?
Il y a quelques jours, le 7 juillet exactement, alors que j'étais à Alep, dans le journal, celui dont les journalistes se prennent aussi pour des écrivains (certains à juste titre), il y avait une double page qui me parlait de Hama. Le titre commençait par "Retour à Hama" et continuait par "des massacres à faire pleurer les pierres." 
Je me souviens que F. me racontait les massacres de Hama. Je me souviens de ce voyage dans ma voiture. Je l'avais climatisée, le moteur faisait peu de bruit, nous allions lentement et je ne pouvais pas voir son regard. Tu m'avais raconté ces jours où les pierres pleuraient, les cris, la peur, les hommes blessés entassés dans les hangars noirs et les coups de feu lâchés au hasard. Alors le texte du journaliste, qui fait le malin, qui veut se souvenir, n'a pas de souvenir. Mais je pense à toi.
vendredi 21 juillet 2000
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