| 15 octobre 1991 ?
Le texte d'Ulysse Cela a commencé par les mains. Peut-être aussi parce
que moi qui ne regardais jamais mes mains, je les regarde maintenant.
Cela n'a peut-être pas commencé par les mains, mais je les regardais. Ou est-ce qu'elles ont vieilli parce que je les regardais. Je n'ai jamais pensé que Pénélope ne me reconnaissait pas sous mon déguisement grossier parce que j'étais vieux. Je ne l'étais certainement pas alors. Il n'y a cependant qu'un mois de cela, de ces combats sanglants contre les prétendants d'Ithaque sur la vieille reine déchue. Dois-je lire maintenant dans le regard de Télémaque qu'il me protègera, me soutiendra, me portera, me veillera mort sur une dalle grise, sans aucune sollicitude d'aucun dieu, sans aucun espoir d'éternité ? Mon obstination d'homme fidèle a irrité les dieux. Ma fidélité têtue à une humanité nichée tout contre sa famille, sa patrie, sa femme qui procrée. Circé et Calypso, toutes méprisantes dans leur solitude définitive se sont inclinées devant ma volonté de suivre un destin d'homme, mais, vengeresses, ne me laisseront pas prendre la mort d'un héros. Je paierai ma fidélité d'une mort banale. Je regarde, posées à mon côté, les armes d'Achille qu'Héphaistos avait forgées, armes d'un demi dieu à lui par un dieu offertes. Je m'en sens aujourd'hui indigne puisque ma mort ne les méritera pas. Ce sont les armes de sang d'une mort tragique, armes d'une passion
qui par son don entier, son total abandon, épuise en elle la fidélité
même. Apanage des dieux ou d'Orphée, inspiré, je ne
suis moi que le plus ordinaire des héros grecs.
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de n'importe quel jour
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