| à venir et déjà passé | déjà passé et à venir |
| Je suis sorti sous la pluie
pour aller voir les tombes fleuries du Père Lachaise. Je vous ai
aperçus au loin d'une allée, la pluie vous donnait cette
démarche saoule que l'on prend à deux sous un parapluie,
soudain liés de force, soudain sans possibilité de se séparer
et avançant en attelage, échangeant les banalités
des corps qui se côtoient. Je ne peux dire ce que cette image m'a
donné de peine. Je vous voyais enfin tels que vous n'auriez jamais
dû être, ensemble, et sans moi. Je
me suis dissimulé sous le rideau de pluie et je me suis éloigné,
déguisant ma démarche, prenant au passage quelques brins
de bruyère pour fleurir dans ma mémoire la dépouille
de notre histoire.
Je n'aurais pas dû aller si près de la mort, porter des fleurs aux amours qui passent. |
Je suis sorti
la nuit, sous la pluie, pour rejoindre la tour de Montparnasse et ses parvis
glissants. Je me suis rappelé que tu jouais ici, que tu glissais
ici sur des patins que je t'avais offerts, il y a quelques années,
quand tu riais encore des farces et des tours que tu préparais pour
la vie.
Je ne vais plus souvent sur les parvis de Montparnasse, on n'y rencontre plus les rires, et quand la pluie est là, on ne rencontre plus rien que le hasard de parapluies fous. Je suis rentré ensuite, abreuvé de mots et de bruit, la tête échauffée à nos rires qui me revenaient dans toute la soudaineté du souvenir qui blesse. Je suis revenu en marchant, trop lointain déjà pour espérer rattraper ce temps. |
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dimanche 12 novembre 2000
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