| à venir et déjà passé | déjà passé et à venir |
| Le gris de la journée
ne me fait pas penser à toi. Je n'ai vu tes yeux
et ton corps que dans la lumière de l'été, dans cette
chambre trop douce que les cyprès, derrière la fenêtre,
n'arrivaient pas à rendre plus forte, plus sauvage.
Je ne me rappelle rien, en fait, de notre rencontre désignée, écrite, presque sans mots. Je suis allé faire des courses et dans le monde adouci par l'hiver qui vient et la laine qu'ils portent, les écharpes en mohair des femmes et les foulards et le tweed des casquettes. Le gris de la journée s'est estompé dans la nuit. Je regarde autour de moi dans le calme d'une solitude choisie. Je pense à nos soirées au batofar, quand la musique avait encore un bruit. |
C'est incroyable comme les
grands magasins sont emplis de la solitude. Les vêtements arrangés
croulent sous la presse des clients qui passent. Il y a si peu de vêtements
que l'on peut supporter sur sa peau, surtout des vêtements d'hiver.
Ils piquent, ils grattent et se défont.
Dans le métro qui me conduit au centre de la ville, une femme en face de moi sort un livre de son sac et commence à le lire. Elle commence vraiment, elle le commence à la première page. Le livre est connu, incongru dans le métro. Il s'agit du Petit Prince et je me demande quel rêve de pureté, quel désir d'images de fleurs, de moutons et de planètes, quelles fêlures que l'on ne soupçonne pas peut la conduire à lire ce livre dans le fracas des voitures qui bringuebalent vers Opéra. |
|
samedi 28 octobre 2000
|
|
| hier changer de vie | |
| 302 |