dimanche 4 février  Comme le temps passe : 2001 = 2000 + 1
Quand on a fini de monter la longue pente qui sort de Damas, qui quitte la Ghouta, la plaine potagère qui ressemble encore parfois à une oasis, arrivé sur le plateau qui borde les montagnes où se cachent les villages chrétiens, il y a un caravansérail, blotti, qui tremble à chaque passage de camions épuisés. On ne dit rien dans les guides touristiques de cet édifice là, qui n'est même plus la mémoire de rien, le souvenir de haltes, d'arrêts, de tendresses échangées après la première journée de route, dure, la côte qui a épuisé les femmes et les enfants et assoiffé les bêtes. On pourrait presque imaginer qu'il y avait une source, que l'on pouvait se reposer. Je crois qu'il n'y a aujourd'hui que quelques vieux pneus dégommés, de la poussière et de la caillasse, rien. Toute la journée se passe doucement entre les draps, puis à la table, puis au téléphone et entre les draps encore, seul, sans vouloir sortir, à laisser passer le temps, à laisser craindre le temps qui passe, à marcher de long en large parfois dans l'appartement bien rangé, à scruter parfois quelques images à la télévision.
Je ne sais pas qui tu es et ce que tu fais. Je ne te cherche plus. Je ne peux même plus imaginer le temps avec toi qui pourrait donner au dimanche des couleurs salées. Je ne pense plus à rien d'autre qu'à ces malheurs discrets.
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