| 2002 | Vers 2001 - 2000 - | |
| calendrier général | ||
| janvier
mai |
juillet |
61 - 2 - 3 - 4 - 5 - 14 - 15 - 16 - 17 - 18 - 19 - 20 -21 - 22 - 23 - 24 - 25 - 26 - 27 -28 - 29 - 30 - 31 - |
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| mercredi
1er |
Je voulais t'attendre et je vais encore attendre et attendre un peu de corps et de caresse, des mots qui touchent et qui s'en vont, passer le temps à être disponible et à pleurer le soir, un peu, dans une solitude perlée, distante à peine de quelques sentiments d'une indifférence. Tout autour, la rue bruisse de fraternités retrouvées, s'enchante à la mémoire, défile avec bonheur, insouciante de toute cette solitude. |
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| jeudi
2 |
Le prochain voyage sera sans doute moins lointain, je consulte, je prépare un peu, je ne sais pas vraiment comment faire. Je voulais partir dès le premier mai, alors que les rues parisiennes n'en donnaient aucune possibilité. J'aurai peut-être eu une idée, sans doute, que je n'aurai pas vu venir vraiment et qui m'aura été donnée sur un malentendu. Puis je partirai, oubliant un peu la fuite. C'est toujours comme ça et il faut laisser faire. Nous avons dîné ensemble et j'ai récité patiemment tous les mots d'italien qui me venaient encore à l'esprit et j'ai parlé de l'Inde comme on parle de soi. En Italie, je parvenais encore à appeler ton visage. En Inde, il se fondait doucement dans les peaux brunes de la rue. Comme je voulais t'aimer, tu avais peur et comme j'avais peur, tu m'envoyais des messages tendres. De la tendresse, il ne reste plus rien. | |
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| vendredi
3 |
Je vais bientôt partir pour la Bretagne, idéale, terre et mer, et une idée de perte, de cercle. Tu hantes le souvenir, les promenades aux genets, un peu de vent dans les cheveux et l'idée d'être plus propre. Tu te caches parfois mais tu es l'imaginaire définitif, et je ne t'oublie pas. J'irai encore une fois seul, sans toi et en criant plus tard que tu étais trop proche. Tu marches dans ta vie, dans la mienne, avec l'altérité, avec des mots qui ne sont pas dits et des gestes qui ne viendront jamais. Je ne sais pas qui tu es et je ne le saurai pas mais je suis prêt à renoncer à toute l'aventure, à faire le malin ou le joli coeur dans des conversations sans fin qui ne conduisent qu'au temps de la vieillesse. Je vais partir encore seul, sans téléphone, de pensions bretonnes en gîtes ruraux, avec le goût du sel, un peu de cidre sur les larmes, le soir, décillé. | |
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| samedi
4 |
Je
retarde chaque jour le départ d'un jour, t'apercevant encore
dans les rues de Paris, peinant à ne pas te reconnaître dans
les foules qui défilent tous les jours dans les rues parisiennes
et qui crient. Tu
me troubles. Et chaque pas, et chaque jour, le pavé crie, sans
souvenir, en tout point désolé, amoureux sans le dire. Je
me réveillerai demain avec l'idée de toi contre moi et je
me retournerai presque douloureux de ton absence. Je
reste encore un jour et je vais aller crier moi aussi, sortir de l'imaginaire
pour dire la honte, le courage, la lutte. |
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| dimanche
5 |
Aller, venir, marcher, courir, traverser, les verbes viennent et fuient devant l'inanité des jours. Il fait triste sur Paris aujourd'hui. Les visages graves se dévisagent et la honte bue, revient déjouée. Je vais attendre quand le bleu de la nuit est au plus sombre et qu'elle raccourcit pour donner aux caresses le goût de sable doux qui vient tendrement. Je vais attendre tes caresses puisque le temps se dérobe à l'amour, que les grimaces gagnent, qu'il fait mauvais temps. | |
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| lundi
6 |
Il n'est plus temps de retarder encore le départ. La République ne bruisse plus que de phrases convenues, allant et allant mais sauve. Je ne veux plus t'attendre des soirées entières dans les fumées de cigarettes mauvaises sous les regards fixes de tous. Je pars pour ce nouveau périple je commence par les portes normandes de la Bretagne, à une encablure du Mont Saint-Michel, mais il n'y a que le train, j'arriverai dans la nuit, incapable de distinguer, même la brume. Je ne connais que tes mots doux. Je les garde avec moi, les apprendrai en breton aussi, ils me murmurent les formules du sommeil. | |
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| mardi
7 |
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| mercredi
8 |
Il
ne fallait pas sortir. Saint Broladre est sujet aux inondations, la rivière
allait prendre son cours de crue. J'avais laissé sur la terrasse
cette veste jaune qui te faisait rire quand je te faisais rire. Elle flottait
un peu au vent, traînée. J'étais
ressorti sous la pluie, malgré l'interdiction, pour l'attendre et
la ramasser, mouillée quand le téléphone a sonné,
et mes yeux brillants de pluie. Le
soleil est revenu et je suis comme en voyage, sorti
de l'hiver, directement pour le printemps, dans une ville étrangère,
où
les habitants vivent dehors et mangent aux terrasses dans de longs conciliabules.
Je
les regarde jouer sans fin les jeux de la conversation et du commentaire,
appesanti de tant de mots. Je vais aller jusqu'à la chapelle des
Grèves, perdue et engloutie sous les promenades. |
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| jeudi
9 |
Je
ne connaîtrai du Vivier sur Mer que ce bateau amphibie, méchant
sur le quai gris, comme une
menace de trouble, de mélanges délictueux, d'idées
perdues dans le sel et la mer. J'ai
dîné chic dans un restaurant agréable dans la touffeur
de l'orage qui arrivait. La
nuit sera cependant de cauchemars, de réveils angoissés et
le désir qui vient, qui te cherche et qui refuse encore toute cette
solitude. Je regarde la Bretagne comme une perte un peu trop douce,
déçue dans les vents qui tanguent, affalée le long
de la mer qui cherche trop longtemps le va et vient du rivage. Je
regarde toute cette absence. |
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| vendredi
10 |
Je
me promène à Cancale dans les friches qui ne disent rien,
me rappelant cette exposition, un jour de pluie et de fâcherie à
Paris où tous les châteaux d'eau des Becher menaçaient
d'effondrer un peu de joie, un peu d'amour. Je
ne te parlerai pas. L'image
penche, se défausse sur le temps pour sa ténuité,
sa pelure laide qui craquelle le vent tout autour, déçu.
Le
vent des ponts de Cancale épuise encore tout souvenir et
ta tendresse folle qui échappe mélodieuse, têtue,
rare encore. J'irai demain sur la mer, une barque pour touristes, je perdrai
mon regard entre le bleu et le vert. |
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| samedi
11 |
Le
phare de la Pierre de Herpin remplace le château d'eau, érection
futile et nécessaire, la mer tangente, rafraîchissante dans
l'écume, douce aujourd'hui. Nous
avons descendu les étages en colimaçon, passant de salles
en salles et devisant. Je ne te connaissais pas, avant, le bateau a
rapproché les mots, les sourires. Tu
me parles de la couleur du crépuscule en prenant bien soin de me
dire que parfois, il n'y en a pas. Je
connais bien cette absence qui détache la mémoire, détend
la vie sur le sable, s'amenuise. Je regarde le phare qui devient plus petit,
le bateau d'excursion tangue un peu pour marquer la lassitude, il
fait un peu froid, je n'aurais pas dû venir et le vent ne me porte
plus que quelques bribes de toi. |
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| dimanche
12 |
Je
ne sais pas qui pouvait écrire de Lancieux au New York Institute
of science ce mois de février 1912, une espionne sans doute, venue
repérer
les points sensibles de la côte, juste là où une guerre
plus tard il y aura toutes ces défenses en béton,
l'idée
même de pleurer de honte. Le receveur de Lancieux était
tombé amoureux de cette dame un peu dure qui apportait toutes ces
enveloppes dont l'adresse avait été dessinée au trace
lettre. Tu ne m'écris plus, même des messages doux et courts
sur le téléphone. Il y a tant de sel ici que mes
blessures se donnent à tes mots qui me lassent et me triturent.
Je pense à toi, écoute
le temps qui lave ton souvenir peu à peu puis
je sors dans le soleil. |
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| lundi
13 |
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| mardi
14 |
Le
fil décousu des jours sans travail s'est cassé puisque
je ne fais rien que d'épouser les manies nouvelles des touristes.
Au
cap Fréhel, je reste longtemps sur le parking, imaginant toute
une vie asphaltée et l'odeur rance des coussins des camping
car, imprégnés de sueur, une sueur nourrie à la bière.
Je
me rappelle ta voix et tes mains et ta voix qui accompagne tes mains et
je suis encore amoureux. Je ne comprends plus bien pourquoi tu n'es
pas avec moi en Bretagne. |
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| mercredi
15 |
Je
hante les lieux de vacances de l'été, m'amusant à
inspecter toutes ces plages qui vont se couvrir et se découvrir
de tant de couleurs et de tant de bruit. A Erquy, j'attends
des heures sous des abris improvisés, guettant la montée
et la descente du signal téléphonique comme une petite marée
personnelle.
Quand
tu me parles, la vie vibre. Tu fais comme tu fais toujours, jouant
la tendresse dans le lointain et quand j'étais près de toi,
tu
apportais toujours plus de douceur à tes mots lorsque nous étions
loin. La vie tarde à
s'apaiser. |
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| jeudi
16 |
J'avais
pris ce rendez-vous depuis Paris pour survoler la région, de très
haut, comme si l'on allait y jeter des bombes, comme s'il y avait vraiment
un sens à photographier la terre de si haut. Le pilote me demande
ce qui me plaît dans ce voyage. Je
ne sens aucune ironie dans sa question. Il ne s'étonne plus
des lubies des passagers. Certains pleurent en voyant le ciel. L'avion
m'emmène et me ramène et je ne pense qu'à toi.
Je
voudrais penser autrement,
donner
à mes pensées les couleurs les plus pâles. |
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| vendredi
17 |
C'est
gris, la Bretagne devient grise à mesure que je la photographie
du ciel et les traces qui sont faites sur les photos aériennes prennent
leur sens ailleurs, comme dans un enchevêtrement désolé.
C'est le troisième jour que je survole la région et je vois
bien que mon pilote s'inquiète un peu. Ce soir, il y avait un peu
de vent. L'avion bougeait. Je lui ai montré mes carnets et il a
fait semblant de croire à cette justification ténue. Le reste
du jour se passe sans
marcher avec toi, sans la respiration de l'air sur la peau, de la fraîcheur
du soir. Je prends la route
de la côte que je survolais un peu avant. Toute
la journée est portée par ton attente, ce voyage secret sur
cette route qui semble créée juste pour aller te voir, te
chercher et qui se referme derrière nous comme dans les contes de
fée. Les sortilèges
bretons ne parviennent plus
à faire renaître la tendresse. |
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| samedi
18 |
Je
suis déjà venu plusieurs fois à Saint-Brieuc, m'étonnant
de cette ville cassée en deux, irréconciliable mais j'ai
si peu de souvenirs que je
crois même que
je ne sais plus qui tu es. Je
me promène dans les rues en pente, un peu inquiet de cette solitude,
de la pluie dans la solitude et de la tristesse qui vient. Juste
dans le soir qui tombe et qui me donne un peu de paix dans le secret de
toi. Je vais dormir.
Il serait si facile de passer ce dimanche à Paris. |
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| dimanche
19 |
Je
vais faire ce reportage demandé sur les "Filets bleus de Pordic",
comme une idée bretonne bretonnante et la
symétrie m'émeut et le temps de la danse se danse. Je
me rappelle l'Italie et de nouveau je voyage. Avant,
c'était l'occupation du temps, et sans résistance et sans
aucune distance au temps que je ne connais pas. Je me promène
un peu sur la route de Binic, comme une chanson déjà qui
inventerait son refrain et la pluie de Bretagne se donne toute entière.
Cette
promenade imaginaire est gravée dans mes souvenirs bien plus profondément
que beaucoup d'autres promenades enchantées, dans des jardins réels
et dans des pays qui ne changent jamais. Cette
promenade avec toi se dissout dans le crachin du soir. |
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| lundi
20 |
Je
suis à Saint-Quay-Portrieux comme on danse dans les chansons d'Étienne
Daho, la nuit, et que l'on descend des flambeaux pour retrouver les amoureux
sur le sable, avec le froid qui vient. Je te cherchais. On
m'avait dit que tu étais là mais je
ne t'y voyais pas, arpentant des planches disjointes en bois exotique.
Je ne te verrai jamais dans la mignardise du bord de mer. Dans la nuit
calme qui tombe sur la piscine maintenant, les lumières ont été
allumées. Des serveurs dégrafés apportent des tables
et des nappes. On prépare la fête. On prépare le mystère
de la nuit alcoolisée. quand nous nous retrouvons,
je suis directement dans tes yeux et je vois avec toi le paysage de tes
voyages, les rires de ceux que tu fais rire, les
yeux pâles après les nuits. |
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| mardi
21 |
Arrivé
à Plouha, je regarde Port Moguer, que je compare à cette
vieille carte postale que tu m'avais donnée un soir de dérive
dans les rues parisiennes, achetée le matin même sur un des
quais de la ville, me demandant un jour où je penserais à
toi d'inventer une histoire
et de lui donner ton nom. Mon
coeur battait d'émotion. Je regarde la plage, je
pourrais voir ta petite maison sous l'ocre enchanté, je
t'imagine pauvre, remontant la grève et chantant un air oublié
comme un poème romantique, déclinant la gamme, mineure et
sinueuse. |
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| mercredi
22 |
Il
faut que tu appelles au téléphone, regrettant cette absence
qui n'en peut plus de se dire alors que tu
me reproches de ne rien dire. Je n'ai plus rien à te dire. Quand
tu me vois, je sais que tu ne peux empêcher la crainte. Tu ne peux
empêcher que la vie te porte ailleurs. La
côte de la Pointe de Minard dépêche tous les chemins
de promenade et les amoureux de mai s'embrassent un peu mollement,
préparant l'été.
Il
y a cette grande solitude dans le jardin, à regarder ceux-ci et
ceux-là qui se donnent le plaisir de se voir, avec la tendresse
qui construit, avec le temps qui passe et patine la tendresse. Le
ciel se voile pour estomper
le souvenir qui ne se tient pas. |
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| jeudi
23 |
La
ville de Paimpol est un petit cul de sac maritime. C'est
encore toi qui marques le jour et je vais m'y perdre un jour. Je
traverse la ville, abasourdi d'alcool, ne pensant qu'à cette tendresse
et je suis comme un cuisinier qui a préparé un plat trop
grand et qui attend encore des convives, qui voudrait qu'on en reprenne,
qui attend un compliment pour une si jolie tendresse, et qui attend. Je
t'attends méchamment avec des tas de mots de colère un peu
douce, arrimant les rues de Paimpol à une rancoeur qui grandit,
détalant
devant les souvenirs. |
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| vendredi
24 |
Lézardrieux
m'a fait connaître la mer, il y a trente cinq ans je crois et je
ne reconnais plus rien du port et le bateau de cette enfance inventée
a dû couler à pic sur le petit rocher que je contournais,
avec le risque désolé de ne savoir pas nager, comme dans
la vie, depuis. Tu
penses à moi, dis-tu, même en
dehors de ce spectacle où tu nies être. tu regardes le
canot de caoutchouc avancer doucement sur l'eau triste, le rocher se démet
de ses algues.
Il n'y a plus de révolte à attendre et à aimer
et ton image descend dans l'eau
avec les arabesques d'une flottaison malhabile. |
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| samedi
25 |
Je
visite la Roche Jagu avec des touristes italiens que je reconnaîtrais
presque pour les avoir vus à Padoue ou sur la lagune vénitienne,
portant de petits parapluies identiques. Je
m'amuse à les suivre, sous le vent, chasseur de bruit et d'odeurs,
n'imaginant plus rien d'autre qu'être Italien. Je
reconnais les eaux de toilette, loin, emmêlées, différentes.
Je rejoins Perros-Guirrec, enfouie dans une petite brume. Tu me souris,
de loin et la
soirée sombre, dans l'idée d'être plus calme et de
laisser se faire la tendresse. Je
marche trop vite, tu ne me rattraperas pas. |
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| dimanche
26 |
Est-ce
l'euphonie entre Trégastel et Trigano ? Trégastel, c'est
le mot qui me vient pour "vacances en Bretagne". Je
vais encore voir les plages. Il y a aussi quelques promeneurs, inspecteurs
de congés à venir, répétant avec un peu d'avance
dans quelques centimètres d'eau froide, les cris des vacances. Tu
étais là. Je
ne me suis pas approché, pressentant confusément qu'il ne
pourrait pas venir de bien d'une rencontre aussi fortuite. J'ai observé
de loin ta silhouette plus lourde déjà, un à un tes
essoufflements dans le vent trop fort. Nous
vieillissons loin, et tous
les jours partent à l'envers de ce moment là, où
la bascule du temps pouvait encore dire autre chose. Mais qu'aurions-nous
pu bien faire tous les deux à Trégastel ? |
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| lundi
27 |
Je
vais à Morlaix visiter le théâtre en reconstruction,
utopie culturelle d'un autre siècle et l'on se demande comment on
pourrait encore passer des soirées froides, après une journée
près du port, juste pour ne pas se jeter trop vite du viaduc imbécile.
Tu m'appelles et tu
me dis que tu ne m'as pas reconnu. Tu
me rejoindras près du viaduc de Morlaix, nous en compterons les
arches avec méthode, recommençant sans fin pour ne pas nous
tromper. La
soirée se passe vide, à écouter le coeur des choses
dans un baptême renouvelé. Le
soir cache la ville, nous dissimule enfin, nous pourrions nous caresser
et le vent. |
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| mardi
28 |
Le
ciel était bleu et puis il a plu. Les
plots de la digue vont être repeints pour l'été et
les enfants auront l'espoir de sauter de l'un à l'autre sans tomber,
surtout sans tomber. Bleu
contre bleu, dans tes yeux doux, comme ils se font sous l'effet des voix
mystérieuses qui t'appellent au téléphone, et que
j'ignore. Je me rappelle les sonneries qui coupent les jambes de nos
promenades, qui te faisaient sourire, partir plus loin, disparaître
des heures entières et le bleu, encore, tendrement installé
dans le creux du lit, avec la
prière que le sommeil vienne plus vite. |
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| mercredi
29 |
A
Guiclan, perdu tôt le matin dans la campagne morlaisienne, avec la
pluie qui bouge doucement sur la voiture, un
peu de brume et les maisons qui ne se réveillent pas, l'église
en silence regarde la statue de la Vierge, pesante dans les drapés
trop abondants. Je pense à
toi dans tous les déserts de la vie et je
sais que le ciel aujourd'hui était bleu. Je refais cette visite
de calvaires en calvaires, de crêpes en crêpes, avec un peu
de cidre et trois mots de prières. Quand
je reviens dans le soir, le téléphone sonne dans le vide.
Car il en va ainsi, que je ne sais jamais ce que tu vas inventer pour t'échapper.
J'invente le sommeil qui sait bien m'éloigner de toi. |
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| jeudi
30 |
Je
passe un peu de temps blotti près de l'ancienne église de
Taulé sans vraiment oser partir pour cette promenade dans la forêt
de Lannuzouarn. La Bretagne me pousse dans l'ailleurs de ses toponymes
qui résonnent drôlement, qui cinglent la langue et que je
ne me rappelle pas bien. Je
prends beaucoup de temps à regarder la carte. Je me souviens
d'avoir déjà vu ce clocher dans le même paysage. Il
en respirait une tristesse et une déconvenue. Tu appelles enfin.
En deux ou
trois mots, tu me plies et me fermes et il faudra longtemps pour retrouver
le fil d'une conversation. Puis tes mots continuent de tournoyer autour
du clocher de l'ancienne église de Taulé, jouant
avec les ironies médiévales, se perdant dans les peurs
d'enfance Ils se font ronds vers le clocheton, se penchent à la
balustre, signalent
la solitude
à grands tours de vent. |
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| 881 |
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| vendredi
31 |
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882 |
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| vers le mois de juin |