| 2002 |
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Vers 2001
- 2000 - |
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calendrier
général |
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29
- 30 - 31
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vendredi
1er |
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C'est la fin du Lido, une
nuée de dunes parfois un peu sale, une végétation
stationnaire, un embryon de cache cache. J'espère que je trouverai
facilement un bateau pour traverser le port de Malamocco et qu'Alberoni
ne sera vite qu'un souvenir. Je t'ai parlé au téléphone.
Cela faisait longtemps que tu ne m'avais pas surpris et pour entendre un
peu de tendresse, il
faut maintenant les négociations iniques de la conversation.
Il n'y a presque personne dans les dunes et pourtant, juste
avant de dormir c'est à peine si je peux reconnaître les visages
que j'ai rencontrés, sauf peut-être ce couple que je ne connaissais
pas et que je voulais embrasser, ce jeune homme amené qui sera embauché
samedi à l'essai dans le restaurant d'habitudes, l'alignement parfait
des corps des danseurs dans la salle de gala de l'hôtel Excelsior
ce soir, dont
les gestes parfois faisaient crisser l'air, comme une pureté, un
autre élément et le monde qui claque. C'est encore la
nuit et pourtant j'ai
eu la nuit sur les paupières toute la journée et je sentais
tes lèvres dans le rêve que tu m'avais donné et
puis tu as repris le temps. |
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samedi
2 |
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Avant
que je parte pour ce voyage idiot, depuis
combien de temps n'avions-nous pas connu la tendresse ? J'ai
trouvé une pauvre chambre d'hôte à San Pietro in volta.
Volte face. Je crois que la police locale pourrait bientôt s'intéresser
à mes questions incessantes, à ces notes que je fais semblant
de griffonner. Bientôt,
je serai noyé, recouvert par tous ces papiers qui ne disent pas
grand chose, qui avancent quelques idées, qui tentent de glisser
ici et là un son, une musique, un peu d'avenir dans les méandres
du convenu, dans la tendresse triste de la vie, une
lagune de mots, un peu envasée, voici le texte que j'écris. |
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792 |
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dimanche
3 |
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Sur
la lagune trop pâle, le
ciel est blanc comme à Samarcande les jours de neige, quand blancs
sur blanc les oiseaux survolent les coupoles des tombeaux et les minarets
qui crient. Dans ce voyage qui ne fait que commencer pourtant, Samarcande
est encore une des rares villes que je peux imaginer au loin et
que je peux désirer. La fin d'une route, une destination. S'étendre
sur un tapis et goûter les épices et oublier les traces du
temps. Je cherche Mathieu Talence en Italie, dans cette italie molle
de Venise et je
ne sais toujours pas s'il est passé par Samarcande. Je le crois
plutôt en Turquie, jouant bizarre de sa solitude folle, à
suivre les étoiles pour retrouver ce que la science a mis des siècles
à comprendre et tenter le secret contre la clarté mathématique.Aucune
photo prise d'un satellite ne peut me renseigner sur les étoiles,
ni sur qui les adore. |
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793 |
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lundi
4 |
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Je
suis arrivé à la fin du Lido, à Chioggia qui porte
le nom d'une betterave à l'apparence vénéneuse et
je dois accélérer ce pourtour italien, distant, désoeuvré.
Je
suis resté toute la matinée dans les réflexions,
me demandant si je reverrai Venise un jour. La
ville est tapie dans la lagune, on
pense qu'elle est éternelle et que l'on est aussi éternel
qu'elle peut l'être et pourtant qui peut dire que je reverrai Venise.
Tous les jours, la
fatigue du jour vide pèse sur mes paupières avant même
qu'il ne soit commencé et tout le jour je tente d'oublier la
fatigue et tout le jour encore. |
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mardi
5 |
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Fatigué
des embruns vénitiens et de ces auberges qui font regretter
le voyage,
j'ai réservé
une chambre à Ariano nel Polesine et je vais rassembler dans le
luxe les quelques indices recueillis sur les lidos mouillés.
Je ne sais pas combien de langues pouvait parler Mathieu Talence mais il
ne devait pas parler allemand. sur les bords de Venise, l'allemand devient
indispensable. François affirme qu'il l'avait surpris un jour en
grande conversation avec un Turc dans le souk d'Alep, mais François
ne distinguait pas le Turc du Kurde. La piste kurde n'aboutit à
rien, ni la turque, ni aucune autre piste italienne à ce jour. Je
ne retrouverai jamais Mathieu à ces méandres brouillés. |
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mercredi
6 |
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Je
quitte la région vénitienne pour rejoindre
une de ces petites Venises qui hantent la planète et qui commencent
près de Ferrare sur de vrais lidos, dès que les Doges
tournent le dos. Il
faut travailler et oublier un temps les rêveries orientales, même
lorsqu'elles sont frappées de désespoir et de mort. Je
cherche tes indices sur de plus petits canaux, comme une réplique
amusante. J'ai
acheté de nouveaux vêtements de sport qui sont restés
dans un sac en plastique. Je ne sais plus vraiment si j'aurai encore longtemps
la force de te faire exister. Je
ne sais plus vraiment si c'est toi que je cherche. |
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jeudi
7 |
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Je
n'avais jamais imaginé que tu puisses me suivre ou me précéder
dans cette errance italienne un peu douce, au désespoir un peu voilé,
comme
la Pineta di Classe près de Ravenne, en ce début de printemps.
Tu
m'indiqueras que tu passais et repassais tous les
ponts de Venise dans
un tricot maniaque et que tu me cherchais et
je n'aurai d'autre choix que de te croire. Tu aurais pu m'accompagner,
sans doute, dans cette enquête
piétinante, qui s'étiole à mesure que le temps passe.
Dans
l'épuisement du soir, j'entends parfois encore ta voix et elle ne
me dit jamais autre chose que ton absence qui
s'ajoute à la disparition, à ce pèlerinage vers le
vide. |
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vendredi
8 |
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Je
suis resté toute la journée fixé par des conférences
de l'université d'Urbino, calant mon attention sur ce mauvais anglais
avec l'accent italien qui donne à tous les propos un air de mascarade
plaisant. Le manque de toi est revenu plus fort, même si je
m'éloigne un peu des faux délices de l'Adriatique. Parfois,
je cachais ma peine dans une absence, je plissais les yeux pour feindre
l'attention, et j'imaginais la nuit, à traverser les ponts, me rappelant
qu'autrefois, ou un autre jour, j'aurais été capable de donner
des rendez-vous insolites, de partir à ta recherche et de donner
du sens à qui j'aurais trouvé. Je me rappelle désolé
ce jour où j'ai
encore manqué le petit mur jaune que j'aurais voulu photographier,
suspendu en haut du mur délabré, simple mémoire d'une
envie de couleur, de l'espoir d'une vie qui serait faite d'amour et de
tendresse et où les murs peints en jaune pourraient remplacer l'absence
de soleil. L'Italie me donne parfois ce jaune poussin un peu distant
et je plisse encore les yeux
doux. |
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samedi
9 |
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J'ai
quitté les abords endormis du palais consulaire de Gubbio. Il
y avait ce soir, à la Discoteca Papillon, un spectacle de danse
avec des paillettes et un petit effeuillage un peu déplumé
et puis le public qui traverse le temps pour bouger un peu le torse. Dans
ces moments là, je peux mesurer la pureté de la chair. Le
temps s'arrête un instant, étonné,
que les corps en mouvement s'opposent à sa marche inouïe, car
la danse ne veut rien d'autre qu'arrêter le temps, hymne propitiatoire
à la vie et la chair palpite. Mais je m'endors, refusant ce
soir d'interroger encore sur le visage de Mathieu, sa
ressemblance avec n'importe quel danseur, son absence. |
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dimanche
10 |
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Je
voulais rendre visite à Beverly Pepper dans son atelier de Todi.
Tu te rappelles sans doute les colonnes qu'elle avait disposées
et Florence plus loin, dans un soleil ingénu. Et puis le Palais
royal, l'été, d'autres sculptures et le gravillon des allées
qui entre dans les chaussures et comme le soleil tu
saurais me blesser sans même le savoir. Tu saurais me blesser, et
le sachant, tu saurais refaire le chemin qui mène à la blessure.
Je marche longtemps dans la campagne, délaissant cette enquête
trouble. Je reste sur cet effort
là tout le reste du jour, me déguisant doucement une autre
vie mitigée
de jour et de nuit et je prends tant de temps au réglage de l'obscurité
que je tomberai de sommeil avant la fin de la nuit. Je
n'irai pas ce soir à la discothèque Papillon. Gageons
que Mathieu Talence non plus. |
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lundi
11 |
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Je
vais finir par devenir vraiment un touriste amusé, regardant les
fresques et les tableaux, pensant parfois à Stendhal, à ses
vapeurs, à cette fausse tristesse. Je suis resté longtemps
devant cette image de pape à Subiaco, dont le visage trahit tout,
sauf l'innocence et si mon nom aussi était bien mal choisi ? J'ai
repris le périple des discothèques denses et
il aurait fallu danser sur cette musique dansée mais le lieu ne
s'y prêtait pas, trop dur et trop tendu. Pour y parvenir, il
me manquerait ta tendresse encore et le son de ta voix, juste dans
le chuchotis de l'oreille. |
| 2003 |
801 |
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mardi
12 |
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Je
suis enfin arrivé à Fiuggi pour cette conférence,
calmé par le monde et l'obligation de parler avec tous ces gens
qui m'ont connu parlant. Je
suis juste inquiet du rendez-vous du lendemain, je forme et je conforme
des phrases que je ne prononcerai jamais, je vais de ma chambre au
jardin et du jardin à ma chambre mais
le corps sollicité par le poids et les volées de marches
vide ses phrases de leur apprêt. Je vis. Après le dîner,
dans
le soir et dans le bruit, j'écoute des demi confidences, comme au
temps passé, quand tout cela avait encore un sens. L'enquête
s'est arrêtée. Je
ne suis pas certain de la reprendre si vite, après cette pause un
peu distante, ce réel
un peu timoré, l'idée
même d'un déclin. |
| 2003 |
802 |
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mercredi
13 |
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J'ai
lu je crois que la station thermale de Fiuggi est connue depuis le XIIème
siècle et je m'imagine alors moyenâgeux à boire cette
eau un peu trop douce. Je
me suis réveillé tard, mélancolique déjà
de cette journée à bascule, triste de devoir parler et
de donner le change immédiat à la pâleur de ces jours
italiens. Que dire ? Parler de ce voyage insensé ? Les
soirs sombres passent les uns après les autres et ne disent rien
d'autre maintenant que cette obscurité qui renaît, un peu
plus tard chaque jour, mais plus profonde dans la fatigue donnée.
Mon voyage n'accompagne pas les jours à rallonge et ce
surcroît de temps est autant perdu que la nuit. |
| 2003 |
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jeudi
14 |
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A
Fiuggi encore, je pense à toi dans les brumes du Palazzo Fonte.
Que
fais-tu sans moi dans cette vie ? Je
sais que ta bouche sur sa bouche me réveillera la nuit par des baisers
froids que je sentirai à peine, un souffle, un soupir et que je
peux tout imaginer de ton corps qui tremble et de la caresse, de la dernière
caresse, juste avant que tu t'endormes, juste là, dans le creux
du cou, la naissance des cheveux, la douceur. Je pense toujours à
ton
corps comme une nostalgie nocturne, une démangeaison, un réveil
immense. |
| 2003 |
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vendredi
15 |
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J'ai
pourtant répondu à leur invitation étrange. J'étais
sur une piste m'a-t-on dit, troublé et je
les vois assis dans le bleu de la nuit, qui veillent sur la plaine latine.
Et
puis il y a le cercle magique et proche, les odeurs et le corps prennent
le pas sur la conversation. Je retrouve à Sermoneta les célébrations
de la bataille de Lepante, les drapeaux de sang et d'or qui s'envolent
dans l'air humide du bas Lazio, comme une douceur italienne, un
voyage enfin apaisé. Ce
serait le lieu magnifique. Mathieu Talence n'a pas pu rencontrer les
descendants du Duc de Sermoneta et l'Ordre
égyptien n'a pu nourrir ses rêves ésotériques
et le perdre aux étoiles éternelles. |
| 2003 |
805 |
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samedi
16 |
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On aurait vu Mathieu Talence au Prix de Fregene, il y a déjà
deux ans, comme une malchance, riant de la statuette en forme d'hippocampe
et dans son sourire même, elle se transforme en cobra. Je
mentirai encore. Fregene
étale les plages frileuses et le temps s'épanouit dans une
dolce vita trop rance. Je
rentre dans la nuit, comme une
longue promenade calme qui apaise toute la journée bruissante et
mouvante, toutes
les couleurs et tous les sentiments marqués. |
| 2003 |
806 |
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dimanche
17 |
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Les
ruines sont les ruines du souvenir et celles de l'Ansedonia, cité
antique de Cosa, sont celles des châteaux ismaéliens où
se portent les rêveries orientales des promeneurs. Je marche sous
le soleil, oubliant pour le moment qu'il y aurait tant d'autres choses
à faire. J'ai
erré ensuite aux abords de la cité, cherchant un autre mauvais
coup d'oubli. Au
départ, il faisait moins beau et j'étais fatigué.
Le soir se couche avec moi, quand tu m'appelles et je voudrais déjà
dormir, j'entends tes consignes
et le jeu somnambule. Et si j'arrêtais de te jouer la vie. |
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807 |
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lundi
18 |
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Le
supermarché de Viterbo s'affiche comme une photographie manquée
de Gurski et toutes ces valises
ne disent rien de mon voyage. Je voudrais t'accompagner encore dans
les aéroports, voir
ton visage se tendre, cerner tes yeux de noir pour dire des adieux
sans tendresse. Je
ne serai jamais libre de toi. Je suis presque en pèlerinage
entre les lacs circulaires qui déchantent un peu le tourisme en
cette approche de Pâques, Bolsano, Vico, Bracciano, Bracciano encore
dans tes bras. Je
n'ai pas de photographie de cet endroit précis, de ce chemin pierreux
où je me suis soudain rappelé ton visage. |
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mardi
19 |
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Les
Alpes sont encore proches, consternantes et Rieti
pourrait être aussi le début d'une promenade douce, mais rien
n'est plus si doux. Je me rappelle cette semaine enneigée. Je
ne comprenais rien à ce qui se passait et sans
doute ne se passait-il rien ou presque. Ton
amour se dessinait comme on apparaît soudain derrière une
vitre, pendant l'enfance et que l'on pense que la peur ainsi créée
va nous précipiter vite dans des bras qui accueillent. Mais
tes bras s'amenuisaient à mesure du temps déçu et
je ne savais alors rien de toi, rien dire et dans mes rêves. |
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mercredi
20 |
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La
route qui mène de Rieti à Borgorose se prend de jeu avec
la montagne et les tunnels se succèdent, métaphore sombre,
inconsolable. Je me suis arrêté sur le bord de la route
et le repos
que j'ai volé cet après-midi a marqué mon visage de
tendresse et de calme. La chambre idiote est encore plus laide qu'à
l'habitude. Il
pleut dehors et je ne peux rien faire pour sortir ni pour épuiser
l'angoisse. In questa citta,
il n'y a rien et l'on se demande bien pourquoi tant de tunnels pour
en arriver là. |
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jeudi
21 |
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Il
y a bien plus d'un siècle maintenant que le lac d'Avezzano
a été vidé et qu'au centre de la plaine découverte,
s'est installée la principale station de réception satellitaire.
Je voulais entendre les signaux dont tu m'avais parlé. J'y
suis allé en zazou, forme désuète de la négligence.
Je suis resté jusqu'au soir, tirant les cordes du souvenir à
ces sons épars qui parvenaient ici et là, ces
vieilles cordes que l'on ne veut plus tendre autant, qu'il faut laisser
un peu reposer, un peu plus lâches et quand
la vie se tait, dire que la vie se tait. Il pleut désormais
sur la plaine italienne artificielle et je
rentre sous la pluie retrouver un peu de musique chaude, un peu de mots
qui ne disent presque rien, de dormir, de dormir encore et que la vie passe
entre ce sommeil et ce sommeil. |
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vendredi
22 |
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C'est
un soir de fête et de déguisement dans la salle de concert
de Sulmona. Le
gros bâtiment pataud bruisse et les couloirs portent les ombres.
Des hommes en habits montrent que la vie passe et qu'ils ne sont que des
rouages insolubles de la fébrilité des hommes. Je ne
crois pas avoir pu reconnaître Mathieu Talence dans la foule qui
perd trop de temps à monter et à se montrer, jouant et déjouant
les rires et les caresses. Je
me sens si seul. Je vais rejoindre la mer.
Dans
la nuit plus lointaine, je
ne sens plus que la fraîcheur des draps. |
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samedi
23 |
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La
ville porte le nom de cette machine que tu me montrais sur des livres d'enfance,
folle machine volante dans laquelle tu me racontais vouloir voyager un
jour de quelques centimètres verticaux avant de t'écraser
doucement dans un fracas doux de bois et de vieux caoutchouc. Pescara
me donne le souvenir et
le souvenir de la mer. Je déteste le
modèle assez banal de lampadaire public qui est installé
dès que l'on quitte les lieux touristiques. Mais venir ici,
c'était
un faux voyage, une fausse idée de voyage, une fausse prédiction
pour un voyage dans une ville fausse, posée malhabile sur l'eau,
trop près de l'eau, comme une Venise attachée à la
terre et les
planchers se défont et le sol penche indocile. |
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dimanche
24 |
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J'ai
traversé le Trigno, comme on passe du nord au sud, comme on pense,
comme on rit et je ne sais
plus rien du voyage entrepris. Cela fait plus d'une semaine maintenant
que tu
ne m'as donné aucune consigne et je ne sais pas où aller.
Tu aurais dû m'envoyer un message, m'indiquer une nef, une toile,
un point de vue mais tu me laisses aux touristes et à leur flux.Tu
pensais vraiment que je pouvais m'intéresser longtemps à
cette fausse enquête, à ces occupations sans but que je
ne connais plus et au temps qu'il fait et qu'on mesure à Guglionesi.
Il
ne se passe rien, le froid est revenu et je n'entends que ton silence,
quand j'y pense, un peu, toutes les heures, attendant le changement d'heure. |
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lundi
25 |
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Nous
avions rendez-vous sur l'île de Tremiti. Je t'attendais sur le quai.
J'étais arrivé bien avant l'heure du bateau pour que tu ne
croies à aucune nonchalance. Tu
avais choisi des vêtements de voyage seyants et confortables agrémentés
d'une touche de soie. Je ne savais pas vraiment quoi dire. Le voyage
bougeait avec malignité. Tu
m'as demandé l'heure du dîner et quelle tenue il fallait porter.
Tu sais sans mentir que je
ne veux que frotter mon corps et mon coeur n'y peut rien et je suis resté
languide, plongé dans le sommeil pour le repos, pour
le sommeil seulement, les
mots décentrés comme les souvenirs. Je ne savais plus
rien de ton amour et de ses rêves. |
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mardi
26 |
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L'épisode imaginé
de l'île de Tremiti, comme une réconciliation bleue, comme
un amour retrouvé et des vagues et de la peau sonne mou comme on
ne saurait dire. Tout
cela m'a épuisé. Je
suis sans voix, sur le même lit du même hôtel recommencé,
sans rien penser de la plage qui s'étend là-bas, du printemps
qui dépossède l'hiver peu à peu du froid, de ce qui
fige et tous ces mouvements
m'agacent comme des imitations de vie.
Je
reviens dans l'hiver qui se donne une dernière chance. |
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mercredi
27 |
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Le
30 août 1999, au large de Vieste, la tornade d'orage a imprimé
sa marque sur la mer, mais elle n'en garde aucun souvenir, rien qui puisse
lui remettre en mémoire cette belle agitation. Je me promène,
je m'ennuie et je
suis rentré seul dans les rues noires qui retrouvent l'hiver vieux,
qui revient là, qui gèle les doigts, qui endort. Je ne sais
quoi te dire. Tout cela piétine. Je
vais revenir en France, toute cette Italie m'ennuie trop, me fatigue maintenant
et le printemps naissant me
donne à pleurer. Je regarde les temples, l'architecture classique
et dans
la solitude classique, je ne pense pas à la solitude. Je ne
pense pas. |
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jeudi
28 |
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Soudain,
j'ai senti comme une lame entre les côtes de mon dos, une douleur
qui bloque et qui empêche. Le taxi qui m'emmène vers Fiumicino
tente de comprendre pourquoi j'ai avec moi cet air de fuite, pourrait se
demander si je n'ai pas commis de crime. Je
suis bredouille sans histoire
et j'ai perdu définitivement je crois celle de Mathieu Talence.
L'avion vers Paris me désole. Je prendrai le premier qui partira.
Mon passeport me montre sans amour, encore et la douanière qui le
regarde ne semble savoir que dire. J'ai tellement vieilli. Arrivé,
je
regarde les yeux rieurs d'amis, je mesure dans leurs yeux l'envie d'aimer,
cette soudaine délicatesse qui leur donnerait un peu plus de vie,
un surcroît et je m'éloigne encore davantage, avec pour toute
énergie celle de sourire de temps en temps, de dire quelques mots
et de me concentrer sur l'apaisement. |
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vendredi
29 |
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Je
retrouve les rues de Paris, et ce gris à la mode des trottoirs marqués
par l'envie de fumer. J'ai
toujours cette douleur dans le dos qui me rappelle que je suis fragile
et que je vieillis comme mes sentiments. Je
retrouve l'idée même de la solitude, celle où l'on
comprend bien ce que disent les gens dans les cafés et le
désoeuvrement se fait désoeuvré et
tourne et tournicote sans qu'on se le dise. J'essaie
de prendre des photos de la ville, qui s'échappe, je m'échappe
avec elle sans plus rien entendre du désir italien. |
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samedi
30 |
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Fallait-il vraiment que
je revienne d'Italie pour ne voir que l'Italie et Rome à la télévision
et les foules de Pâques qui espèrent la résurrection.
J'ai déjeuné avec M. Nous
avons parlé de toi, de rien aussi, des jours que tu passes avec
le corps ailleurs, avec le désir devenu pour moi caduque, sans toi,
avec le désir qui s'étiole quand je te vois, qui renaît
quand tu me prends la main. Le temps était tout doux, blanc
de lait dans la poussière qui se donne de drôles d'air, avec
toi, sans toi. Je
suis revenu sous la pluie. Je
ne sais plus vraiment ce
que je t'écris.
Je
cache tellement les mots du texte que je perds les clés des différents
masques que je me donne et Venise qui s'efface et l'Italie qui dort. |
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dimanche
31 |
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Et Pâques s'ennuie
doucement dans Paris, se promène et baguenaude et s'évanouit
dans des fêtes immenses que rien ne vient déranger. Tu
te souviens que ce soir là, le même soir, presque,
j'avais retrouvé ton ombre dans le jardin, derrière la maison,
et que je me suis dit que ta bouche était fraîche. L'idée
de la ville me prend et
me déprend, elle
fait tache, elle marque la promenade, les déambulations et les stations
et se donne des airs d'images avant même d'être prise en photographie.
Je m'amuse avec elle. Elle disparaît une heure entière, puis
revient coup sur coup. Dans le soir, le vent de la ville accompagne mes
pas. Dans le jardin, je vois tes yeux et je voudrais les voir davantage.
Il n'y a plus de couleur
et la ville doit s'endormir jusqu'au lendemain. C'était Pâques
et rien ne s'en souvient. |
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Vers le mois d'avril |