| Mais, en le
délimitant
avec précision, qu'est-ce que j'imagine ainsi ? Portons-y notre
attention et, une fois écarté ce qui n'appartient pas à
la cire, voyons ce qui reste : rien d'autre, bien sûr, que quelque
chose d'étendu, de flexible, de muable. Mais flexible, muable,
qu'est-ce
que cela ? N'est-ce pas ce que j'imagine, à savoir que cette cire
peut passer d'une figure ronde à une figure carrée, ou de
celle-ci à une figure triangulaire ? Pas du tout ; car je comprends
qu'elle est capable d'innombrables changements de ce genre, et pourtant
je ne puis, par l'imagination, en parcourir d'innombrables ; par
conséquent cette
compréhension ne s'accomplit pas par la faculté d'imaginer. |
La
compréhension
ne s'établit pas par la faculté d'imaginer. Mais pourtant,
Descartes ne dit rien de ce qui est inimaginable. Pas encore. J'ai cru
que je pouvais tout imaginer et aujourd'hui, ce n'est pas le réel
qui se dérobe, c'est bien cette imagination. Je connaissais
déjà les barrières de la compréhension, celles
de l'intelligence, soudain placé face à ce que je ne comprenais
pas, malgré de possibles explications. Je croyais pouvoir tout
imaginer,
et puis rien, que de la couleur, que des couleurs agencées, bien
réelles. Descartes avait raison. Qui peut encore inventer une nouvelle
couleur ? Qui peut
inventer
la ville autrement, un sentiment nouveau, un amour ? |