| Mais toutes les fois
que cette
opinion préalablement conçue sur la toute puissance de Dieu
se présente à moi, je ne peux pas ne pas avouer qu'il lui
est facile, si du moins il le veut, de faire en sorte que je
m'égare même dans ce dont je crois avoir avec les yeux de
l'esprit l'intuition la plus évidente possible ; et au contraire
toutes les fois que je me tourne vers les choses mêmes que j'estime
percevoir fort clairement, je suis si pleinement persuadé par elles
que de moi-même je me laisse emporter à ces paroles : me
trompe quiconque le peut, jamais
cependant il ne fera que je ne sois rien, tant que je penserai que je
suis
quelque chose, ou qu'un jour il soit vrai que je n'ai jamais été,
alors qu'il est vrai maintenant que je suis, ou peut-être même
que l'addition de deux et de trois fasse plus ou moins que cinq, ou
choses
semblables, dans lesquelles je reconnais une contradiction manifeste.
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Mais
ne
nous soumets pas à la tentation de croire et d'estimer que je n'existe
pas ou que je n'ai jamais existé car mieux vaut douter de l'existence
de Dieu que de douter de sa propre existence car c'est une infime
parcelle
de Dieu en moi qui me maintient dans la persuasion que j'existe.
Me
trompe
quiconque le peut mais je suis moi, contrairement à Descartes, prêt
parfois à me laisser persuader que je n'existe pas ou que j'existe
doublement, triplement et que je suis là et que je ne suis pas là.
Et je ne reconnais parfois aucune contradiction manifeste. tu es là
et tu n'es pas là, et dans ton attente, j'attends toujours que l'autre
s'échappe du texte de Descartes et que ce philosophe au si long
cours sorte enfin de la solitude infinie dans laquelle il plonge ses
mots
et sa pensée.
La
solitude
de Descartes me paraît là une contradiction manifeste. |