| Mais
ce projet est laborieux, et une certaine paresse me ramène aux
habitudes
de la vie. Tout comme un prisonnier qui peut-être jouissait dans
le sommeil d'une liberté imaginaire, quand ensuite il commence à
soupçonner qu'il dort, craint d'être réveillé
et conspire
nonchalamment
avec ces illusions agréables, ainsi je retombe de moi-même
dans les vieilles opinions et j'appréhende
de m'éveiller, de peur que la veille laborieuse qui succédera
au paisible assoupissement ne doive dorénavant s'écouler,
sans la moindre lumière, parmi les
inextricables ténèbres des difficultés qui viennent
d'être agitées. |
Tout
comme...
Quel malin ce Descartes, qui met au cœur même de son texte un trompe
l'œil, un tiroir secret en utilisant la comparaison du prisonnier et
de
la liberté, qui, mise en regard des pages précédentes,
retourne entièrement le raisonnement, le révulse même.
Ainsi
l'entreprise de connaissance serait une entreprise de liberté :
"on ne peut rien m'imposer", mais l'état de veille du
prisonnier,
qui figure l'état de liberté de celui qui a atteint la connaissance,
c'est la prison. La connaissance est alors comparée à un
emprisonnement, une difficulté, une charge. Et Descartes devient
alors, en cachette, mystique. |