| Mais
j'ai déjà dit n'avoir aucun sens ni aucun corps. J'hésite
pourtant, car que s'ensuit-il ? Suis-je tellement
attaché au corps
et aux sens que je puisse être sans eux ? Mais je me suis persuadé
qu'il n'y avait absolument rien dans le monde, ni ciel, ni terre, ni
esprits,
ni corps ; ne me suis-je donc pas aussi persuadé que je n'étais
pas ? Mais non ! J'étais, moi, en tout cas, si je me suis persuadé
quelque chose. Mais il y a je ne sais quel trompeur, souverainement
puissant,
souverainement rusé, qui de toute son adresse me trompe toujours.
Il n'y a donc pas de doute, moi aussi je le suis, s'il me trompe ; et
qu'il
me trompe autant qu'il peut, il ne fera pourtant jamais que je ne sois
rien tant que je penserai être quelque chose ; de sorte que tout
bien pesé et soupesé, il faut finalement poser que cet énoncé, je
suis, j'existe, moi, toutes les fois que je le prononce ou que je
le
conçois mentalement, est nécessairement vrai. |
J'y
suis...
Je pensais que la traductrice, par pédanterie sans doute, avait
transformé ce bon vieux cogito, par une nouvelle traduction. Il
n'en est rien. Pas de trace du "Cogito ergo sum" à cet endroit du
texte latin.
Mais
ce je
suis, j'existe, moi, me plaît bien aussi. Mieux peut-être,
tant j'accorde toujours de l'importance à la notion de performation.
Je le fais puisque je le dis. Le disant, je l'accomplis. Seigneur,
dis
seulement une parole et je serai guéri demande-t-on à
la fin de la messe, juste avant la communion, quand la parole de Dieu
se
fait chair, elle-même transformée en pain, pain transformé
en chair par la transsubstantiation performative de la messe. Il
est
grand le mystère de la foi. Nous
proclamons ta gloire, Seigneur Jésus...
Les
volutes
musicales de Vatican 2 me viennent dans la tête. Demain, c'est
dimanche.
Je n'irai encore pas à la messe. |