| Mais il y a je ne
sais quel
trompeur, souverainement puissant, souverainement rusé, qui de toute
son adresse me trompe toujours. Il n'y a donc pas de doute, moi aussi
je
suis, s'il me trompe ; et qu'il me trompe autant qu'il
peut, il
ne fera pourtant jamais que je ne sois rien tant que je penserai être
quelque chose ; de sorte que, tout bien
pesé
et soupesé, il faut finalement poser que cet énoncé, je suis,
j'existe,
moi, toutes les fois que je le conçois mentalement, est
nécessairement vrai. |
Et
pourtant,
cela ne suffit pas. Je peux répéter en boucle dans ma tête
que je suis, que j'existe, moi, cela ne donne rien d'autre qu'un petit
jingle publicitaire sur lequel embraye une chanson de variété
idiote. Je me concentre. Et je suis, et j'existe, et moi et moi et
moi...
Autre chanson de variété. La route défile. Il fait
sombre. Chaque faisceau lumineux que je croise pourrait être hostile.
Chaque idée nouvelle pourrait être dangereuse, mettre en péril
même la capacité à formuler toute pensée. |