Or
maintenant je sais avec certitude que je suis et en même temps qu'il
se peut que toutes ces images, et généralement tout ce qui
est rapporté à la nature du corps, ne soient rien que des
rêves.
Après
ces remarques, je ne me sens pas moins absurde en disant : je vais
faire
appel à l'imagination pour apprendre avec plus de distinction ce
que je suis, que si je disais : maintenant je suis, certes, éveillé,
et je vois quelque chose de vrai, mais parce que je ne le vois pas
encore
avec assez d'évidence, je vais tout exprès m'endormir, pour
que les songes me représentent justement cela avec plus de vérité
et d'évidence.
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Absurde
et pourtant égal, donc. Et moi je veux m'endormir doucement pour
voir avec plus de certitude ce que je n'entrevois que dans cet état
incertain que l'on nomme "veille". Bien évidemment, Descartes n'avait
pas pu lire Freud.
Je
ne
sais plus si Descartes distingue les sensations volontaires des
sensations
involontaires. Le froid, le chaud, le sucré, le salé. Mais
pourquoi le grand méchant Dieu a mis à notre disposition
autant de possibilités et autant de nuances.
Et
le
grain de ta peau ? Et la douceur immobile de ton corps. Et l'illusion
définitive d'un amour insolent. Le soleil même.
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