| Mais pourquoi de ce
je ne sais
quel sentiment de douleur suit une
certaine tristesse de l'esprit, et du sentiment de plaisir une
certaine
joie, pourquoi ce je ne sais quel tiraillement de l'estomac que
j'appelle
faim me pousse à prendre un aliment, et la sécheresse de
la gorge une boisson, et ainsi du reste, je n'en voyais vraiment aucune
raison sinon que tel est l'enseignement de la nature ; il n'y a en
effet
absolument aucune affinité (du
moins que mon entendement reconnaisse) entre ce tiraillement et la
volonté de prendre un aliment, ou entre
le sentiment de la chose qui apporte de la douleur et la pensée
de tristesse née de ce sentiment. |
Ce mystère
de la psychosomatique est aussi grand que celui du langage et si
Descartes accorde à ce qu'il nomme "enseignement de la nature" un
pouvoir d'articulation entre les sens et la raison, la pensée, il
doit pouvoir également accorder ce même pouvoir d'articulation
entre les mots et les idées. Il y a donc alors au moins trois domaines
à articuler ensemble : les sens, la raison et le langage dans une
psychosomatolinguistique. Le mystère de cette psychosomatolinguistique
s'avère quotidiennement en nous par le symptôme, le lapsus
et le rêve. En racontant mon rêve, je somatise ou je désomatise.
Pourquoi
Descartes oublie-t-il le langage ? |