| Diégèse | lundi 27 février 2006 | ||
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2006 | |
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| Il va falloir sortir de la nasse, de cette nasse de la fin, de cette annonce de la fin qui stupéfie les personnages, qui les laisse pantois, prêts à saluer, prêts à tirer leur révérence, prêts à susciter, à susciter eux-mêmes des applaudissements et donc prêts à dévoiler qu'il s'agissait bien de théâtre, qu'il s'agissait d'un spectacle de théâtre et non d'un film, et non d'un téléfilm et non d'un roman et non d'une fiction littéraire ou d'une pièce radiophonique. Alors ce n'est pas fini puisque ce n'est pas non plus du théâtre. Alors ce n'est pas fini puisque je parviens à m'installer dans l'écriture matinale, dans cette répétition, dans cette répétition répétée jusqu'au réveil complet. Cette répétition ne dit rien d'autre que l'absence d'amour, que la disparition de l'amour, que la tendresse évanouie. Cette répétition ne dit rien d'autre que le fait que les choses ne se répètent pas, que les gens ne se répètent pas et que les personnages ne se répètent pas non plus. | B. Ainsi nous sommes trois.
C'est la première fois. C'est la première fois, n'est-ce
pas que nous sommes trois, que nous sommes là, que nous pouvons
parler en même temps, que nous pouvons bouger en même temps,
que nous pouvons croiser nos mains et que nous pouvons aussi, et que nous
pouvons même nous toucher. Trois, c'est la révolte des nombres,
la révolte des additions car c'est deux plus deux plus deux plus
deux et de cette addition-là, on peut retrancher deux et cela fait
toujours trois. Quand nous n'étions pas trois, nous étions
déjà trois. On pourrait même croire que l'on était
trois depuis toujours, que l'on a toujours été trois.
C. Je passe. A. Tu peux y aller. C. Non, je passe. Vous avez choisi la tirade, moi je choisis de passer. Je passe mon tour. Je passe ma réplique. Je passe. B. Gagné. C. Perdu. Je sais faire aussi. |
Ce qui est difficile, ce
qui est compliqué, ce qui suppose une tension, de se mettre en tension,
de faire attention, de faire très attention, c'est de ne pas laisser
glisser les personnages dans le dialogue et de laisser alors croire qu'il
s'agit d'une conversation dont il faudrait trouver le sens dans des motivations
qui seraient en dehors de la conversation. Ce n'est pas un dialogue. Ce
n'est pas une conversation. Les personnages ne parlent pas, ne se parlent
pas pour mieux se toucher. Ils ne se parlent pas pour mieux se frapper.
Ils ne se parlent pas pour pouvoir accomplir ensemble une tâche.
Ce n'est donc pas une parole utilitaire, une parole utilisée. Les
personnages, littéralement, ne se disent rien. On peut leur concéder
parfois, juste un peu d'indépendance.
Je sais qu'il faut que je leur pardonne. Je sais qu'il faut que je leur pardonne de vouloir parler, de vouloir se parler. Je sais qu'il faut que je leur pardonne leur peu de sympathie, leur peu d'empathie pour le texte, pour ce texte. |