| Diégèse | mardi 31 janvier 2006 | ||
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depuis 16676 jours (22 x 11 x 379 jours) |
2006 | |
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| hier | |
L'atelier du texte | demain |
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| le texte | après le texte |
| Se souvenir du
moment, se
souvenir. Se souvenir de quel momen |
On n'a pas fait
attention,
il n'est pas certain que l'on ait fait attention, il n'est même pas
certain que l'on voie bien, que l'on distingue bien qu'il y a désormais
l'image d'un homme sur le téléviseur, une silhouette d'abord,
une silhouette éloignée, une silhouette de loin, pas de très
loin, pas de très très loin, mais de loin, et l'image grandit,
s'agrandit, c'est à dire que l'homme approche de la caméra
qui capte l'image, ou qui a capté l'image si ce n'est pas en direct,
si ce n'est pas du direct, ou alors que la caméra s'approche de
l'homme, ou les deux. C'est indécidable. Donc, pendant que A. parle,
il y a l'image de cet homme sur l'écran du téléviseur,
l'image qui s'agrandit. C'est B. C'est l'image de B.
Quand l'image de B est suffisamment proche, suffisamment pour que l'on distingue ses traits, aussi proche qu'un présentateur de journal télévisé, on entend sa voix. C'est à dire qu'il commence à parler, on entend sa voix. C'est sa voix. B. Tu vois je m'éloigne. A. Tu te rapproches. B. Tu vois je me suis éloigné. A. Tu traînes. B. Tu te rappelles les derniers mots, les tout derniers mots que je t'ai dits, que je t'ai dits avant de partir, avant ce que l'on peut considérer comme un départ ? A. Je ne sais pas. Je ne crois pas me rappeler. Je ne crois pas pouvoir me rappeler. Je n'ai pas de souvenir. Je n'en ai pas le souvenir. B. Je t'ai rêvé aussi distincte.... Avec une télécommande, A. éteint le téléviseur, avant que B. n'ait fini la phrase. Il reste ensuite sans bouger, sans bouger du tout. Il reste là. Il dit : A. Je reste là. Puis il rallume le téléviseur. Il y a une image fixe, comme un lecteur qui est resté sur une image fixe lorsque le téléviseur s'est éteint. C'est le visage de B. B. ... ment que j'ai pu et je suis désolé de t'avoir manqué. A. Je reste là. |
Replay. Les
personnages jouent et rejouent une séparation, jouent et rejouent
la séparation, le grand mythe de la séparation, cette séparation
qui n'a de sens, qui ne peut exister, qui contrairement à la cire
de Descartes, ne peut exister que si elle est approchée du souvenir,
des souvenirs, du feu désespéré du souvenir. Car
si l'on ne se souvient pas, si l'on n'a plus de souvenirs, il n'y a
plus
de séparation, il n'y a plus que le désespoir.
Le texte choisit le désespoir puisqu'il s'est interdit le souvenir. Ce que l'on pouvait croire, ce que l'on pouvait encore croire comme étant une conversation, la suite d'une conversation, la fin d'une conversation entre A. et B. par le truchement d'un dispositif technologique de caméra et de téléviseur, ce que l'on croyait peut-être, se révèle être un souvenir, un souvenir enregistré, un trompe l'oeil, un passe temps, un passe temps à la demande. Déconstruction. |