| Les rues de
Gustav étaient
vides hier, elles étaient vidées, je le crois, je crois me
souvenir, je crois me rappeler qu'il s'agissait bien de rues vides
de tout corps. Et
les
rues pourraient aujourd'hui se remplir, pourraient même grouiller
de monde, accueillir une foule et cette foule pourrait être la foule
des grands jours, une foule manifestante, une foule en colère qui
manifeste. Je vais savoir maintenant ce que Gustav va dire,
puisqu'il
s'agit d'un monologue. Je vais savoir s'il accepte ma proposition de
foule
en colère qui envahit les rues en grondant. Je vais le savoir tout
de suite, maintenant. |
(Gustav) Mais la
rue peut
se venger. Elle peut se venger et la nuit et le jour. Elle peut se
venger
et le jour et la nuit. Elle peut appeler des renforts. Elle peut
appeler
à la rescousse. C'est la foule. C'est une foule. On ne sait pas
ce qu'elle fait. On ne sait pas ce qu'elle veut. C'est juste la rue qui
se venge. C'est seulement la rue qui rappelle sa
mémoire de révolte et sa mémoire de peur. Et la
nuit, et le jour, la rue devient blanche. La rue blanchit. Avec
la foule arrive le bruit et vient ensuite une déflagration. Quand le film s'arrête,
vous ne savez plus de quelle rue il s'agit. |
Gustav a suivi
ma proposition.
Il l'a suivie à sa manière, cette manière-là
de gronder, de proposer des images noires, des images encore plus
noires,
de les susciter et puis de les froisser et de ne rien en faire, de leur
garder ce statut incroyable d'images jetables, que l'on peut appeler et
puis que l'on peut jeter et que l'on jette. Alors Gustav a placé
une foule dans la rue vide, précédemment vide, et précédemment
vidée et il ne se
passera rien, puisqu'il ne se passe jamais rien. |