Les personnages sont encore
sur pause et si j'en crois la lecture des textes du début de mois
de mars des années précédentes, je remarque que c'est
une question de temps, non pas une question d'époque, mais une question
de temps, de temps qu'il fait qui se mêle au temps qui passe, le
temps qui fait et qui passe à la fois et ce temps de saison qui
n'est pas, qui n'est jamais un temps de saison, un véritable temps
de saison.
Alors les personnages sont
sur pause, continuellement sur pause continue, sur pause fatigante, sur
pause décevante et les personnages partagent avec l'auteur la fatigue
et l'auteur est sur pause et les personnages remuent, remuent encore pourtant.
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A. B. et C. sont de nouveau
silencieux, assis les uns à côté des autres dans une
posture un peu raide sur le canapé. Mais deux choses ont changé,
deux éléments, deux événements ont profondément
modifié la scène, cette scène, par rapport à
la scène du début de la séquence, du début
de la neuvième séquence, ce début où les personnages
semblaient attendre, assis. Ce qui a changé, c'est que le téléviseur
est allumé. On ne sait pas ce que sont les images sur le téléviseur.
On
ne voit que la lumière du téléviseur allumé.
Mais aussi, mais surtout, on sait que les personnages n'attendent pas,
on ne suppose plus que les personnages attendent, attendent quelqu'un ou
quelque chose, on ne peut plus le supposer, plus du tout le supposer. On
sait désormais et de façon tout à fait sûre,
absolument certaine, on sait que les personnages assis les uns à
côté des autres sur le canapé face au téléviseur
allumé sans images, on sait que ces personnages, dans une posture
un peu raide, on sait qu'ils sont sur pause.
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Qu'est-ce que la fatigue
change à l'écriture ? Qu'est-ce qu'un temps froid, un temps
un peu plus froid, un réveil matinal, un réveil un peu plus
matinal change au texte ? Cela fait d'abord que les doigts vont moins vite
sur le clavier de l'ordinateur, qu'ils multiplient les inversions de lettres
au sein des mots et que cela frôle la dyslexie et aussi cela fait
qu'allant moins vite, les doigts modifient le rythme de la phrase, ils
hésitent, ils choisissent d'autres mots, des mots sans difficulté
de saisie, sur le clavier, des mots plus faciles. Ce qui change, ce qui
change aussi, c'est que le lecteur, cet éventuel, le lecteur s'éloigne,
il est encore plus loin, il devient inimaginable, il devient impensable,
il ne peut même plus être une idée de lecteur. Enfin,
les outils, les outils des années précédentes, ces
outils restent sur l'étagère. Je colle au texte. J'ai peur
de le perdre. Même en mettant les personnages sur pause, j'ai peur
de perdre le texte.
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