| Les personnages partent.
C'est inquiétant. Le protocole indique que la séquence, cette
dixième séquence, doit encore durer trois jours, trois jours
entiers et il n'était pas prévu que les personnages sortent
maintenant, sortent dès maintenant. Mais ils partent. Ils ne voyagent
pas, ils partent. Et le texte doit continuer sans eux. Et le texte doit
continuer sans ces personnages. Ce départ est une séparation.
Mais je peux sans doute les suivre. Mais ils peuvent sans doute être
suivis. Il y a des
paysages,
il y a des scènes de ville, il y a le monde. |
C'est maintenant le téléviseur
qui est allumé et c'est encore l'image qui, du téléviseur,
grandit et devient une image projetée, entièrement projetée
dans l'espace de la scène, de la scène quittée, de
la scène vidée et cette image projetée comporte trois
colonnes, ce sont trois images côte à côte, en colonnes,
les unes à côté des autres. Ce sont trois colonnes
et l'on voit, de dos, A., B., et C., marcher dans une rue. Chacun est
seul.
La rue est n'importe quelle rue de n'importe quelle ville. Ce n'est pas
Venise. Ce n'est pas Budapest. Ce n'est pas Barcelone. C'est Paris ou
n'importe
quelle ville de France. Les trois personnages marchent et on les voit
de
dos. Il n'y a aucune autre indication narrative. Il n'y a aucune
indication
sur l'émotion qu'il s'agit de provoquer. Il n'y a pas de musique.
Il y a les bruits de la ville, les bruits de n'importe quelle ville. On
n'imagine pas combien de temps l'image en trois colonnes montre les
personnages,
de dos, marchant dans une ville. On n'imagine pas le temps que cela
peut
durer. Cela dure
toujours plus longtemps que le temps que l'on peut imaginer
que ça dure. C'est encore plus ennuyeux et agaçant que tout
ce que l'on peut imaginer. |
Il faut toujours tout
expliquer.
Ce n'est pas du théâtre, ce n'est pas du cinéma, du
cinéma cinématographe, du cinéma dans les salles de
cinéma. Ce n'est pas un livre, ce n'est pas un roman, ce n'est pas
un essai et ce n'est pas non plus un jeu, ce n'est pas dada, ce n'est
pas
l'oulipo, ce n'est pas et cela est.
Dans la
production artistique,
dans le champ de la production artistique, de la création artistique,
il n'y a que le champ étiqueté en France comme relevant des
arts plastiques, qui offre la liberté suffisante, juste la liberté
suffisante de créer, de créer des pièces qui peuvent
ressembler à des films, de créer des performances qui ressemblent
à du théâtre, de créer des sculptures qui ressemblent
à des décors et de créer des textes qui ressemblent
à des livrets, des livrets hypertextuels de performances sculptées
et filmées.
Car le texte est une
sculpture.
|