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À Bellagio, la perte
de mémoire, la grande perte de mémoire de Gustav, sa perte
absolue de mémoire a rejoint, parfois, au bord du lac de Côme,
l'absence de mes souvenirs, l'absence légèrement trouble
de mes souvenirs. Mais nous n'en parlions pas dans
une douceur artificielle à force d'être douce.
Il m'est arrivé de
parler de mon enfance. Il m'est arrivé de raconter ma vie comme
on raconte sa vie en vacances aux inconnus, avec des phrases simples, avec
des enchaînements simples et parfois de grands ou de petits événements
qui viennent irriguer cette histoire imaginaire,
une
couleur blanche, sur le mur. Nous n'avons pas parlé de l'amour.
Nous n'avons pas parlé de la perte de l'amour. Nous n'avons
pas parlé de l'absence de l'amour et pourtant Bellagio même
incitait à la romance, à parler de la romance, du
manque et de l'existence.
Je veux me souvenir. Je ferme
les yeux. Les
lieux vont venir par la simple évocation, une évocation douce.
Il faut seulement chercher
chaque jour les indices de l'étape suivante. Et puis les lieux
ne viennent pas. Combien
de temps encore, à ne pas laisser l'agacement venir devant l'impossibilité
de décrire le monde ?
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