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Et puis je ne sens rien.
Et puis je ne sens plus rien. Et quand je ne sens plus rien, je retourne
en Italie et en quelques secondes, et pour quelques minutes, jamais davantage,
je marche au bord du lac de Côme, me répétant dans
toutes les langues que je devine, que la vue est belle, que cet endroit
est beau. Je
choisis l'hôtel le plus triste de la ville. Je voudrais rentrer.
Et puis je quitte le lac de Côme. Et puis j'y reviens. Et puis dans
ces venues, dans ces retours, je me perds doucement dans un temps parfois
accéléré et parfois ralenti, dans un film tressautant
et haché. Et puis parfois, pour revenir, je
dois transformer la ville en une image fixe dans un
geste de crainte et de protection face à ce qui arrive, face à
ce qui va arriver quoique
les choses que je sens ou que j'imagine ne soient peut-être rien
hors de moi. Je pense à toi. À
mon impatience, tu donnes la patience et je pleure. Si un jour tu peux
lire ces mots, tu
pleureras sans doute, de façon malaisée, car le temps passe
aussi pour toi.
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