 |
Tu
n'as jamais vraiment été là. Je ne me souviens que
de ton absence. Je ne me souviens que de l'absence. Tu avais déjà
disparu quand je t'ai rencontré. Tu parlais parfois de toi, toujours
au passé, toujours dans un autre passé et j'oubliais vite
qu'il s'agissait de toi pour imaginer que tu avais pu être autrement
vivant. Désormais, ta
disparition permanente me fatigue.
Je
suis arrivée un jour sur le plateau du théâtre. J'avais
une loge, pas très loin de la scène et je n'avais comme
accessoire
qu'un livre de Descartes et je n'aurai jamais comme accessoire que ce
livre
de Descartes. Je n'avais de rôle que de réciter à voix
haute les Méditations métaphysiques. J'aurais pu les apprendre
par cœur. Mon rôle n'exigeait pas que je sois toujours présente
sur scène. Je ne les ai pas apprises. Quand la citation était
trop longue, je me faisais apporter un prompteur. Et puis il y avait
aussi
mon silence. Je pensais à ton silence accolé à mon
silence, embrassé par mon silence et nos deux silences étaient
notre seule rencontre.
|