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C'est une drôle
de
chose, la mémoire. Et la mémoire n'est pas le souvenir. La
mémoire est pesante, insistante, même dans son absence. Le
souvenir est furtif, très près de l'émotion. La mémoire
frôle l'effort. Le souvenir est une caresse. Sur le muretto d'Alassio,
il n'y a pas de souvenir, il n'y a que cette volonté stupide de
la mémoire, qui fait que le souvenir s'échappe, qu'il s'enfuit
au profit de l'anecdote. Car la mémoire est
anecdotique et le souvenir
est vivant. J'avais en mémoire sur le muretto d'Alassio ces plaques
commémoratives marquées par la signature, quelques mots d'artistes.
Je n'y ai aucun souvenir. Descartes a trouvé la solution. La mémoire
n'existe pas. Ce
qui est, c'est la pensée. |