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Malheureusement,
je me suis aperçu qu'il était plus facile d'effacer, d'effacer
un peu, d'effacer à demi les souvenirs agréables. Si je prends,
par exemple, l'expression commune "déjeuner de soleil" qui évoque
des repas de printemps ou d'été dans des jardins, avec des
nappes fleuries, à des terrasses de brasserie, et du vin frais,
et des rires, et ce sentiment de connivence amicale, et le regard qui
s'échappe
vers la douceur du temps, si je prends ces moments, je peux me
concentrer
jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que
l'idée de bonheur. Il est toujours beaucoup plus facile d'oublier
un de ces moments alors qu'un impair, même le plus ténu, même
le plus léger, même sans aucune conséquence, reste
gravé, pesant, et peut revenir de façon obsédante.
Mais
le voyage aide à cette opération d'oubli. le voyage, ce
monologue du souvenir, de la mémoire, de ce mixte entre l'espace,
le temps, la fiction, le réel, le réel jamais réel,
le souvenir jamais fixé.
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