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Et
puis qu'est-ce que j'ai écrit depuis 90 jours ? Je n'ai jamais rien
écrit d'autre que la dévastation de l'amour et du manque
d'amour. J'ai écrit aussi les limbes de l'absence, de cette absence
qui n'est même plus une absence après tout ce temps, qui n'est
même plus un manque, après tout ce temps, qui n'est plus que
le temps qui continue de passer, qui ne fabrique plus de souvenir, qui
va finir par ne plus provoquer de sensation, ce temps qui perd sens. Qu'est-ce
que j'ai écrit ? S'agit-il vraiment d'écriture ? Je ne sais
plus de quoi il s'agit.
Je
n'ai rien dit de ce travail que j'ai accepté en 2006. J'étais
didascalienne pour un acteur qui avait perdu le sens. J'avais accepté
ce travail pour me
servir à moi-même ma propre didascalie, celle qui dit ce que
je dis, qui donne sens à ce que je dis, à ce que je fais
et exprimer ce que je pense, et dire ce que je pense sans que je l'aie
dit ou, alors même que je dis autre chose.
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