| Diégèse | mardi 15 septembre 2009 | ||
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Gustav
|
| Je
peux aussi remplacer mes souvenirs perdus, mes souvenirs personnels
perdus,
ces anecdotes biographiques effacées, par des souvenirs communs,
des souvenirs culturels, des souvenirs civilisationnels. C'est sans
doute
ce que les journalistes et les sociologues pourraient nommer des
pratiques
mémorielles. Je suis aujourd'hui à Nagykanisza, qui mêle
en moi son nom avec celui de Nagasaki. Quels souvenirs puis-je inventer
entre Nagykanisza et Nagasaki, qui ne soient pas un souvenir de guerre
? Les
couleurs, les sons, les saveurs, la douleur et choses semblables
aurait
dit Descartes.
Je suis venu ici, il y a quelques années. C'était déjà le début de l'automne. Il pouvait pleuvoir. Les rues ne me disaient rien de plus que ce début d'automne sous la pluie. La saison n'est même pas un mode du penser. La fiction fait parfois semblant d'être neutre. Ai-je vraiment besoin de ce souvenir quand je ne peux plus savoir si tu étais là ? Je sais maintenant que tu me suis encore, comme un enfant pervers, qui ne veut pas dire bonjour au monsieur, qui se cache derrière l'armoire et qui, une fois qu'il a été attrapé, se colle au visiteur dans un désir soudain irrépressible, puis pleure quand on le détache, pour retourner se cacher. |