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Je ne me souviens pas de
l'automne et pourtant... toute la vie autour de moi est organisée
pour le souvenir, par lui, avec lui. Les arbres se souviennent feuille
à feuille de l'été et se souviennent feuille à
feuille du printemps. Les enfants répètent des jeux qui viennent
des jours ensoleillés. Je croise encore dans les rues des visages
brunis patiemment. Il
s'agit de conserve de temps, il s'agit de confiture de temps, qui
montre, en accéléré, la vieillesse et la mort, l'ineptie
et la beauté, si mêlées que l'on en perd la raison.
Je
suis dans la douceur retrouvée, je suis là, et le temps passe
avec la tendresse mature qui va vers octobre.
Et moi sans souvenirs, que
puis-je faire d'autre que de décrire les scènes du monde
en espérant y révéler autre chose que le temps qui
passe, un secret bien gardé qui donne sens aux formes sans les précipiter
d'emblée dans la durée ?
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