| Diégèse | vendredi
31 décembre
2010 |
Le texte en continu | |
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auteur est en vie
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2010 | |
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| Roland
Barthes - Collège de
France - séance du 16 février 1980 "On ne veut plus, c'est un progrès énorme, distinguer l'énoncé de l'énonciation par exemple, n'est-ce pas (...) Eh bien à samedi prochain, la fin de ce cours." |
| Ce que je retiens... (des années précédentes) | ...et ce que j'ai lu, vu ou entendu... et ce que ça fait... | ...puis ce que j'écris. |
| Il
y a tant et tant de propositions insistantes de faire des bilans, des
retours en arrière, des bêtisiers continument déversés sur les ondes,
que c'est le jour, que c'est vraiment le jour pendant lequel, tout le
jour et même toute la première partie de la nuit, le jour où il faut,
où il faut vraiment, où il faut assidument s'abstenir de retenir
quelque chose, s'abstenir de retenir quoi que ce soit des années
précédentes. |
"On
ne veut plus distinguer l'énoncé de l'énonciation." C'est d'ailleurs
bien cette absence de distinction qui donne son caractère terrible à
cette phrase anodine en apparence, à cet énoncé qui invite "à samedi
prochain" mais qui, prononcé par Barthes le 16 février 1980 fonctionne
comme l'énoncé le plus déceptif et tragique qui soit, venant de
Barthes. Ce "samedi prochain", le samedi d'après, le 25 février 1980, sera le jour où Barthes sera renversé par une voiture, accident dont la conséquence, un mois plus tard, sera mortelle. C'est à ces moments-là que la diégèse et son mystère se font apparents, dans la crudité et la fragilité du monde, au moment où ce que nous disons, qui est toujours un prédicat, est violemment démenti, nous ramenant à notre condition première qui est de ne jamais rien savoir vraiment, avec assurance de ce que nous disons. Il faudrait donc nous abstenir de tout dire et nous taire et aussi ne rien écrire. À demain. |
Ce soir, jamais à jamais, ce soir. |