| Je retiens la
fuite, je retiens l'esquive, je retiens ces mouvements furtifs de la
mémoire avec l'oubli qui sont le cœur vivant de la remémoration
amoureuse, de cette anamnèse joueuse et décevante. |
Je crois que
je ne retiens rien. Aujourd'hui, je ne retiendrai rien. Je n'ai rien
lu, ni vu ou entendu, ou alors j'ai oublié ce que j'ai lu, ce que j'ai
vu ou entendu, si ce n'est la voix de ce garçon qui, hier, au
téléphone, juste quand je le croisais, disais "je t'aime", énamouré, le
visage éclairé par cette déclaration révélée et surprise par ce passant
indiscret. |
Nous sommes ensemble dans une voiture. Je conduis. Je regarde ce
que la conduite de la voiture me laisse de paysage. Je complète le
paysage qui manque par la musique. Je crois que j'entrevois alors, alors seulement, ce
que peut être l'amour, qui serait la joie, qui serait l'envers du manque, qui serait l'antidote du temps.
Je l'entrevois soudainement, cet amour attendu, cet amour de toute la
littérature. Et tu es là. Nous regardons le même paysage. Tu écoutes
sans doute la même musique. Je pourrais te toucher. Puis le temps est
reparti. |