| Diégèse | mercredi 3 février 2010 | Le texte en continu | |
| ce travail est commencé depuis 3687 jours | et son
auteur est en vie
depuis 18140
jours (22 x 5 x 907 jours) |
2010 | |
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L'atelier du texte | demain |
| Roland
Barthes - Collège de
France - séance du 16 décembre 1978 "Si je fantasme d'écrire un roman, le matériau, le seul matériau que je puisse envisager de me donner, c'est mon présent." |
"If language were liquid it would be rushing in" Suzanne Vega - Solitude standing |
| Ce que je retiens... (des années précédentes) | ...et ce que j'ai lu, vu ou entendu... et ce que ça fait... | ...puis ce que j'écris. |
| Je retiens que pour le roman, qui est ici métonymie de l'écriture, je dois, au sens où cela m'est imposé, je dois m'éloigner de toute tentation biographique. L'attention au présent, cette attention qui se porte ensuite vers l'écriture, cette attention qui se note, n'est pas autobiographique. Il ne s'agit pas de raconter une histoire. Il ne s'agit pas de mettre en récit. De quoi s'agit-il alors ? Peut-être de garder aux mots leur poids, qui est celui du langage, qui est celui du logos, et de, lesté par les mots, vivre doucement, dans une gravité légère, vivre doucement l'écriture. Il s'agirait ainsi sans cesse de passer d'une figure à une autre figure, de les mêler intimement, de passer de la métonymie à l'oxymore et de l'oxymore à la métonymie. | "L'homme
a appelé hasard la cause de toutes les surprises, la divinité sans
visage qui préside à tous les espoirs insensés, à toutes les craintes
sans mesure, qui déjoue les calculs les plus soigneux, qui change les
imprudences en décisions heureuses, les plus grands hommes en jouets,
les dés et les monnaies en oracles..." Paul Valéry, cité par Raphaël Enthoven dans Philosophie Magazine de décembre 2009-janvier 2010, page 20. Je retiens cela car j'aurais pu penser que le processus d'écriture, cet "écrire" et singulièrement l'écriture poétique ou romanesque, était une lutte insensée contre le hasard. J'aurais pu penser que quand le texte réussit, il retrouve un ordre perdu, préexistant des choses, des sentiments des événements. Cependant, si je l'avais pensé, ce qui n'est pas certain, je ne le pense plus. L'écriture, "l'écrire" manie le hasard, en joue, s'en accommode, ne dit rien d'aucun ordre si ce n'est celui de la syntaxe qui tend d'ailleurs en permanence à prendre des libertés inconnues. Et pourtant, dès que la phrase est écrite et qu'elle est sans remords, elle donne, comme la vie même, l'illusion d'un ordre immuable. Elle rejoint alors les citations exactes et les sentences gravées aux frontons de la mémoire des hommes. |
Nous entendons la même musique. Notre écoute est différente. Mon écoute est impitoyable avec le temps, avec le souvenir, avec le récit. Elle concentre en une phrase la douleur de l'instant, de cet instant d'amour fou qui concentre toute la joie et tout le manque, toute la joie présente, tout le manque présent et toute la joie à venir, à jamais, le manque. |