| Je
retiens que la scène, cette scène, cette même scène, toujours cette
même scène, cette fascination, agit comme une fin et comme un infini,
dans le même temps, dans le même temps qui dure, le temps qui dure indéfiniment, ce temps qui est sa propre fin. |
Je
retiens de Barthes, de cette citation de Barthes qui dit que la vie, c'est le fleuve de
langage qui nous entoure, que la scène de la fascination
amoureuse, cette scène primitive pour le roman, pour le récit, je
retiens que cette scène est sans langage et que cette scène est donc,
d'emblée, dès le commencement, dès son commencement et dès le
commencement du désir, qui est aussi le commencement du désir d'écrire,
cette scène est donc en dehors de la
vie. Elle est en dehors du langage. Ce qui la définirait,
ce qui la définirait, au mieux, cette scène, c'est seulement et
justement cette concomitance entre le désir, entre le désir de l'autre
qui est le désir de toi et le désir d'écrire qui est le désir insensé
de donner un peu de vie à ce désir de toi. |
Je
dois ainsi reconstituer tout ce qui entoure la scène, cette
scène. Je reconstitue et je n'ai pour cela que quelques éléments épars,
partiels, éparpillés. Je n'ai qu'un inventaire, comme un inventaire de
police destiné à reconstituer une scène de crime, quelques contours qui
n'ont en commun que ce temps commun. Je voudrais avoir le souvenir de
la douceur de ton bras. Je voudrais avoir le souvenir du parfum de ta
nuque. Je n'ai rien de cela. Je n'ai que les contours imprécis d'un
paysage.
Un bout de chanson et deux ou trois choses que je devine du profll de
ton visage. |