Je
retiens que le texte,
le texte et l'écriture, sans rapport de causalité évident, entament
parfois, conjointement, un mouvement asymptotique vers la ténuité, vers
le presque rien, vers le rien. Il y a que ça résiste et que ce qui
résiste, ce qui résiste vraiment, c'est le pouvoir et la nécessité de
dire "je", de ce "je" textuel qui marque un sujet ici fragmenté qui
tend vers la ténuité, vers le presque rien, vers le rien, sans ton amour, là.
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Je
retiens que j'ai croisé, peu de temps, que j'ai traversé, rapidement,
le périmètre du Carnaval de Nice et que l'envie de pleurer m'a pris,
soudainement et je retiens que cette envie de pleurer était si
spontanée qu'elle en était agréable.
Ce qui m'a donné à pleurer, je crois, c'est le contraste entre la
totale disponibilité des gens à l'idée de la fête, à l'idée du bonheur,
à la quête du bonheur dans la fête, au déguisement des enfants, cette
disponibilité joyeuse, et les éléments du spectacle proposé, la laideur
des chars, la grande laideur des chars, les références constantes à
l'industrie du spectacle, le bruit, la musique mauvaise, assourdissante
et aussi, certainement, cette vieille dame, enchapeautée,
habillée pour la circonstance, qui lorgnait le spectacle entre deux
lattes de la palissade qui masquait à ceux qui n'avaient pas payé, ce
spectacle indigne de l'idée du bonheur, de la quête du bonheur, de la
fête.
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Le
souvenir ralentit et se fait immobile. Il s'approche alors de l'idée
d'une image par sa fixité, par sa matité, il s'approche alors d'une
image argentique, peu contrastée mais nette, il s'approche de la
photographie et je ne vois pas cette image dans sa fixité, je la range,
je l'évite. Puis le mouvement reprend. Plus loin, là-bas, je peux
encore imaginer l'espoir. |