| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
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16 février 2026 |
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2026 |
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travail est commencé depuis 9544 jours
(23 x 1193 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 23997 jours
(3 x 19 x 421 jours) |
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qui représente 39,7716% de sa vie |
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du
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| Page 15 | Page 16 | Contourner Venise | |||||||
| J'ai quitté mes camarades de jeu. Ils savent quoi faire, y compris si je ne reviens pas. Les mécanismes de la mission ne sont pas spectaculaires, ils n'ont même l'air de rien, consistant principalement à déambuler chaque jour sur les bords de la lagune vénitienne jusqu'au coucher du soleil, à aller dans des bars, à prendre des photos comme s'ils vivaient ensemble une merveilleuse retraite. Je reviendrai aussi bien demain que quelques semaines plus tard. Cela n'a pas vraiment d'importance. Ils pensent peut-être depuis Paris que les morts de l'antique cimetière vont un peu m'effrayer, sinon s'attaquer à mes forces. Moi je ne crains pas de devenir fou et d'errer sans relâche dans un monde dépeuplé à la manière de ce personnage de Pasolini dans son film Théorème. S'ils me débranchaient, je ferais autre chose. J'ai loué un bateau pour me conduire vers l'aéroport. J'ai traversé rapidement. Le soleil se levait à peine et la lagune reflétait encore les étoiles. Venise au loin semblait rescapée de quelque catastrophe. Mais une fois à l'aéroport j'ai rencontré la patience et l'observation assidue de la moquette en damiers. Les avions ne volaient pas pour une raison que je n'ai pas cherché à connaître. J'ai mimé longtemps le type qui s'ennuie. Je fais cela à la perfection. Je me souviens de ces années où j'allais à Venise en train, principalement pour traverser la lagune le matin en sirotant un mauvais prosecco. Tout cela peut sembler loin maintenant. Ce train n'est plus en service et de la gare de ces départs mythiques on peut au plus loin se rendre à Dijon ou bien à Clermont-Ferrand et même à Nevers. Cependant, mieux valait ne pas rester immobile et reprendre la promenade de salles en salles, de magasins en magasins, de comptoirs aériens à d'autres comptoirs aériens. Je laisse ainsi passer le jour. J'ai cru comprendre que le premier avion partirait vers vingt heures. Je ne vais pas me plaindre et donner de l'importance à quelque chose qui n'en a pas. Je me rendrai directement depuis l'aéroport là où l'on m'a donné rendez-vous. |
Je ne suis pas certain qu'il était bien nécessaire de me demander de quitter la lagune, de faire tout ce chemin, pour entendre un message que j'aurais pu deviner en lisant ce qui fait l'actualité. Il était facile de deviner que la Russie était responsable d'une bonne part de l'intrigue, certes au cheminement incertain, qui m'envoyait sur la lagune encore un peu plus longtemps qu'on ne l'avait imaginé. Il nous faudra du temps pour libérer
cet agent qui traînait à Vladivostok. Les gages que nous pourrons
donner ma petite équipe et moi joueront un rôle certain. Les Russes ont
un fantasme italien depuis des siècles, comme les Français ont un
fantasme russe. C'est ainsi. Je suis allé une fois en mission en Russie. Ce n'est pas mon terrain de prédilection. Ce n'était pas à Moscou. C'était ailleurs. L'ordre de mission qui m'avait été transmis oralement était si étrange que j'avais d'abord cru que le messager avait mal retenu sa leçon. Je devais vérifier que nos amis les Russes ne voulaient pas changer le temps qui passe, sous peine de raviver l'universalité du malheur. Puis, j'ai compris. C'est ainsi que dans cette bourgade éloignée j'avais été pendant quelques jours un savant déguisé en poète, mais aussi un écrivain que l'on devait prendre pour un imposteur. Dans notre métier, nul ne sait qui est l'autre véritablement, au point que l'on oublie parfois qui l'on est soi-même. Cette ville, Paris, demeure une merveille, bien autrement passionnante que les îles vénitiennes. Je suis passé par le pont Neuf, m'amusant à regarder ces vieux vacanciers qui se donnent l'air alerte savourer leurs ultimes promenades vespérales. Du haut du pont, j'ai imaginé les boucles et les détours de la Seine jusqu'à son embouchure. Je crois que j'en ai oublié une ou deux. Les boucles de la Seine sont une forme de poésie. J'ai pris une table dans une brasserie, presque certain d'avoir été suivi. Je m'en étais aperçu en regardant le reflet des vitrines. Je suis un peu vexé. Ils m'ont fait suivre par des débutants. Quelques ivrognes faisaient tous les bistrots de la rue. Je scrute longuement un alignement de tables, un bus... et je pars avant que la commande n'arrive. J'avais raison. Un couple un peu gauche en fond de salle se lève brusquement, tout aussi brusquement rattrapé par le serveur. Moi, j'avais pris soin de payer à la commande. De vrais débutants. Demain, c'est le jour du départ. J'espère qu'en mon absence ils auront avancé. |
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| 16 février | |||||||||
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