| Diégèse | Calendrier de vie de l'auteur en spirale d'Ulam | ||||||||
| jeudi
22 janvier 2026 |
2026 |
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| ce
travail est commencé depuis 9519 jours
(3 x 19 x 167 jours) |
et
son auteur est en vie depuis 23972 jours
(22 x 13 x 461 jours) |
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| ce
qui représente 39,7088% de sa vie |
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| hier | L'atelier
du
texte |
demain |
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| Page 21 | Page 22 | Puisque ce soir encore la lune disparaît | |||||||
| Je vais dans la cour, qui est aussi un jardin, une sorte de jardin. Je passe de longs moments à lire emmitouflée dans un plaid. J'ai l'impression d'être à la montagne. Il fait beau en ce moment. Une infirmière sympathique vient me parler parfois et je pense qu'elle a l'idée de briser la solitude qui m'enveloppe. Mais elle interrompt ma lecture et je dois ensuite relire quelques passages
pour reprendre le fil de l'histoire. Dans le livre, les personnages ont
des souvenirs. Moi, quand je finis un livre, je ne me souviens pas de
son commencement. Parfois, j'écoute les voix autour de moi. De façon convergente, leurs conversations aériennes évoquent leur quotidien. C'est le temps d'habitude, le temps habituel. La nuit je regarde la lune vivante et impavide qui attend la fin prévisible de la nuit. Elle ne sait pas faire autrement. Je regarde le ciel jusqu'au commencement de ce terrible spasme du jour, quand les lumières électriques cèdent à la lumière du soleil. On m'a prévenue qu'il s'agissait seulement d'un espoir de traitement, que ce serait peut-être un échec. Il fonctionne pour certains patients et pour d'autres non. C'est la question posée et pour le moment on ne s'explique pas pourquoi. Ils ont pris des images mais il n'y avait pas assez d'images pour comparer, pas encore assez. Rien ne changerait donc jamais avec ces maladies de la mémoire et des souvenirs. Je n'écrirai donc pas encore mon autobiographie. On dit que la recherche progresse mais ce n'est pas vrai. |
Cela fera bientôt deux semaines que je suis ici. Il faut bien avouer qu'en apparence, il ne se passe rien ou pas grand-chose. Pour sortir en cette saison, je me suis commandé une mante brune à capuchon qui se moque du froid et aussi de l'hiver et aussi de la pluie. Je peux grâce à elle continuer avec entrain ma déambulation absurde et réjouissante dans ce même décor attristé, faisant parfois un peu de conversation avec un médecin, une infirmière ou une aide-soignante sortis fumer dans le froid avec une once de culpabilité. Hier, j'ai encore eu cette forme de malaise joyeux qui semble inquiéter les spécialistes qui suivent la cohorte des volontaires qui expérimentent comme moi ce nouveau traitement. Je riais à tout va sans m'expliquer pourquoi. On m'a ramenée à ma chambre avec précaution comme si mon rire pouvait me blesser gravement. C'était pour moi bizarre car je ne me sentais ni faible, ni en danger. Je suis ensuite revenue de ma joie brutalement, le temps d'un soupir. L'infirmier, celui qui pique à la perfection, est venu pour pratiquer une prise de sang aux fins de vérification. Je crains que cette expérimentation ne tourne court. Je ne savais pas que l'on craignait de tels effets secondaires qui s'apparenteraient à des épisodes maniaques. Je ne savais pas que l'on craignait que je sombrasse dans la folie. Quel bonheur que celui qui me permet d'utiliser « sombrasse » qui ressemble à un barbarisme sinon une forgerie enlaçant les termes « sombre » et « embrasse ». J'en frémis, imaginant un sombre hidalgo embrassant fougueusement. J'eusse aimé que je ne sombrasse pensait l'héroïne enamourée. Bref. Mon travail d'écriture, lui, ne progresse pas, même doucement, sans doute parce que je trouve le texte en cours sans grand intérêt. Je navigue entre les deux récits que j'ai choisis et qui sont supposés se rejoindre sans parvenir à percevoir quelle serait leur conjonction. Mais peu importe, ce qui existe, c'est l'écriture, pas le texte, même si je ne suis pas Marguerite Duras, qui l'affirme dans une interview. Mais la question posée, ensuite, tout de suite après, n'est plus celle de l'écriture mais bien celle de la lecture et cette question de la lecture, je l'élude de manière permanente. |
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| 22
janvier |
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