| Il
y aurait l'idée d'une éclosion, il y aurait l'idée
que du texte viendrait soudain quelque chose de plus fort, une plus
grande
force, quelque chose qui retiendrait la main, qui retiendrait le souffle
et les rues ne seraient plus molles, les rues de Noëmie ne seraient
plus molles. Qu'est-ce que cela pourrait être ? L'amour, la mort,
Dieu. Il y aurait trois choses. Il y aurait seulement trois choses.
Mais
il y a aussi la guerre, la violence, la douleur, le souvenir. Et puis
ça
s'amollit. Et puis, déjà ça devient mou. Faire bander
les rues. |
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Je suis
revenue.
Je suis
revenue. C'est mon travail. Il était convenu que je revienne, que
je revienne donner le sens, servir le sens, inventer le sens, dans
toute
sa ténuité. Et cependant, je n'y arrive plus, je n'y parviens
plus vraiment car il ne se passe rien. La scène est molle. Cette
scène est molle. Je crains de m'y enfoncer. Je crains d'y disparaître. Elle donne l'impression
d'être grande, la scène. Elle donne
l'impression d'offrir tout un tas de possibilités. Elle donne
l'impression
que l'on pourrait y rebondir, comme sur le sol des jeux pour enfants
dans
les jardins publics. La scène est molle, juste molle, comme les
rues sont molles. Et
pourtant, il va falloir donner le sens, continuer
de donner le sens, et cela même s'il ne se passe rien. |