| Diégèse | |||||||||
| samedi 9 mars 2019 | 2019 | ||||||||
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| Le Long des haies | 68 | ||||||||
| Daniel Diégèse | |||||||||
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Il
semble que notre époque ne puisse rien considérer que sur le mode de
l'hyperbole. Prenons l'exemple du plessage, technique ancestrale qui
consiste à tresser des arbustes pour qu'ils deviennent peu à peu une
haie solide, naturelle et difficilement franchissable. Le
développement des loisirs accompagné de celui des jardineries, ainsi
que
le goût très affirmé des Françaises et des Français pour les maisons
individuelles et leur jardinet, peuvent expliquer cet engouement qui,
on
l'admettra aisément, est assez vertueux. Le plessage forme des haies
vivantes
peu gourmandes en eau, qui sont constitués d'arbustes adaptés
au climat de chaque région. Mais, cela n'est pas suffisant pour notre époque tout à la fois médiatique et idéologique. Il faut forcer le trait. Sans surprise, il faut que le plessage soit un instrument de lutte écologique. Quel est donc l'ennemi qu'il doit bouter en dehors du royaume de France ? Le thuya. Combien de thuyas ont été plantés en France dans la seconde partie du vingtième siècle ? C'est indécidable. La banlieue parisienne est une forêt de thuyas, comme le sont aussi tous les lotissements pavillonnaires du pays. Le thuya, peu cher et très résistant et surtout suffisamment opaque pour garantir un peu d'intimité à des habitations construites sans souci de prévenir la covisibilité, n'a pourtant plus la cote. On soulignera donc qu'il est allergogène et qu'il peut même provoquer la mort des animaux s'il est ingéré. Tous les propriétaires de chien et de chat ont d'ailleurs pu constater le caractère létal des haies de thuyas. Toutes les pancartes indiquant « Attention au chien » signifient en fait qu'il ne faut pas nourrir le canidé familal avec des branches de thuyas. Pour mieux encore discréditer l'arbuste, on l'a même affublé d'un sobriquet infamant : celui de « béton vert ». Pas certain qu'il s'en remette... Surtout que le dernier chef d'accusation concerne la diversité biologique. De là à l'accuser d'être une des causes principales du réchauffement climatique... Il n'y a qu'un pas. L'ennemi désigné étant vaincu, au moins symboliquement, encore faut-il que l'on fasse connaître le vainqueur. Qu'à cela ne tienne : le plessage aura désormais ses Rencontres internationales. Qu'on m'entende bien, cela est fort sympathique et mieux vaut encore que l'on plesse plutôt que de pratiquer d'autres loisirs plus bruyants ou pollueurs. Mais, on ne saurait lancer une telle action sans arguer aujourd'hui de la fameuse attractivité du territoire. Il y a d'ailleurs désormais autant d'initiatives en faveur de l'attractivité des territoires - cette seule expression est terrifiante, si l'on s'y arrête - qu'il y a de thuyas dans les lotissements. On remarquera au passage que ce sont parfois les mêmes territoires qui se veulent « attractifs » et qui rejettent l'immigration. On en conclura provisoirement qu'il s'agit donc d'une attractivité sélective. On ne saura pas si le plessage y contribue aussi. Après tout, si l'on en croit Jules César, les Gaulois utilisaient cette technique pour créer des haies défensives. Peu importe. Pendant ce temps, le patient jardinier plessera. Je devrais écrire : le patient jardinier et la patiente jardinière plesseront. Tant pis si « jardinière » continue immanquablement d'évoquer un pot de fleurs. |
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| page 68 | |||||||||
| Toute la collection | 4e de couverture | ||||||||
| Quoi de plus commun
que les haies ! Même les jardins publics des plus grandes métropoles peuvent en avoir ! Pourtant, toutes les haies ne se ressemblent pas, et, sauvages ou plantées par le jardinier, elles témoignent de pratiques cultivatrices qui sont parfois oubliées. Daniel Diégèse, photographe et jardinier, est allé à la rencontre des haies tout autour de la planète, s'attardant par exemple sur les somptueux tressages paysans, pratique aussi connue sous le nom de plessage. La haie est une barrière, elle protège tout autant qu'elle sépare, mais surtout, c'est une barrière vivante et qui vit aussi dans la mémoire. Daniel Diégèse est allé aussi à la recherche des haies dans la littérature, vérifiant ainsi que les écrivains leur attribuent souvent des vertus magiques et mystérieuses. Alors, en fin de compte, qu'est-ce qu'une haie ? C'est une pensée qui vagabonde, une pensée qui s'est échappée, aussi loin que votre imagination va pouvoir gambader à la lecture de ce livre merveilleux qu'une fois ouvert, vous ne pourrez plus lâcher. |
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| 9 mars |
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